STALAG IIB   HAMMERSTEIN,   CZARNE en POLOGNE

CAMP de PRISONNIERS de GUERRE 1939-1945 en POMERANIE

 

MEMOIRES DE L'ADJUDANT  BAERT

 

 

 

 

 

 

HAMMERSTEIN X

 

Les autorités du camp en possèdent chacune leurs caractéristiques et leurs faiblesses ; elles ont néanmoins un point commun : ce sont des brutes inouïes ! Il y en a parmi eux qui usent de la force et qui exercent cette brutalité purement par volupté ou pour le plaisir de le faire, ou encore par haine, d’autres ont comme caractéristique de nous montrer une tête souriante tout en excitant leurs inférieurs contre nous.

 L’homme le plus détestable du camp mais en même temps le plus redouté est le Sonderführer. Il est le chef politique, le nazi souverain dont le pouvoir dépasse celui du commandant du camp. Prussien de naissance, jeune soldat pendant la guerre 1914-1918 il fut prisonnier chez les Anglais et, d’après ses dires, il y fut maltraité. « Jerry » est son sobriquet.

Plus tard, nous apprîmes la seule bonne nouvelle à son sujet : il s’est suicidé devant l’accusation d’avoir fait libérer des Français pour 5 000 F par tête.

Ensuite il y a le lieutenant, appelé par nous « Le Souriant ». Il présente bien, toujours soigné, dans la vie civile il est instituteur. Il distribue les punitions les plus lourdes, avec le sourire.

« Feldwebel Bouboule » doit son nom à sa carrure trapue. D'un caractère capricieux il est tantôt un des plus humain, tan¬tôt un véritable Prussien. Il assure la gestion des magasins de vivres et de matériel.

« Feldwebel Jules » est un vieux grognard. Il est le responsable pour la présence du nombre exact de prisonniers. Il est tellement colérique que plus d'une fois il sera victime d'une affection suite à laquelle il disparaîtra pour quelques jours.

Le sous officier « Fiks » a une prédilection pour nous faire crier « Fiks » chaque fois qu'il vient dans la baraque. Plusieurs fois par jour il plonge dans les baraques, le prisonnier qui se trouve le plus près de la porte doit alors crier « Fiks » et très satisfait le Prussien se retire pour recommencer ce jeu quelques minutes plus tard.

 « Trompe la mort » est un « Gefreiter » maigre comme un clou mais un des plus dangereux, car il est toujours accompagné de deux chiens-loups.

« Cochon » est un sous officier dont la figure rassemble étrangement bien à la tête d'un cochon, tandis que le Feldwebel « Dunlop » fait immédiatement penser au petit bonhomme gonflé qu'on utilise à la réclame des pneus Dunlop.

« Tante Trees » est un sous officier comme une statue, fort et bien bâti mais, malheureusement pour lui, doté d'une voix féminine. Sous l'apparence d'un innocent, d'où son sobriquet « Véronique », se cache une brutalité inouïe.

« Tête de lard » est un « Gefreiter » d'une carrure extraordinaire.

« Animal » se fâche parfois d'une telle façon qu'il ne parvient plus à proférer une syllabe.

« Knobbelke » qu'on pourrait traduire par « le bossué » est plutôt le plus insignifiant de la bande.

Avec ou sans raisons ils appliquent des punitions les plus diverses mais l'une déjà plus pénible qua l'autre.

Le Sonderfûhrer fonce dans la baraque, le « Fiks » se fait attendre, il ressort et il rentre jusqu'au moment où un « Fiks » est crié dès que la clenche de la porte bouge. Alors il commence son inspection. Nous savons d'avance qu'il estimera la baraque sale et mal arrangée. Il s'agit simplement d'attendre pour connaître la punition qui suivra! S'il est, ce jour là, dans une humeur passable la punition sera supportable, mais gare à nous la plus part du temps. Il ordonne alors le rassemblement sur la plaine où nous exécuterons son exercice préféré : courir, coucher, debout, et ... courir, tant et plus jusqu'au moment où la fatigue ne nous permet plus d'exécuter autre chose que le " coucher ".

Si ce " sport allemand " est exécuté dans la neige fondante ou dans la boue, vous vous figurez aisément l'état de propreté de la baraque après notre rentrée.

Les jours que " Jerry " n'est pas de bonne humeur le verdict tombe immédiatement. La patrouille qui suit toujours le "Sonderführer" à quelques pas, nous chasse hors de la baraque. Pour, cette manoeuvre ils utilisent par préférence la baïonnette et la crosse du fusil. En une demie minute la baraque doit être vide les dix tours du bâtiment sont à faire en groupe. Personne n'échappe à ce festin car la patrouille vide tous les lieux, mène le lavoir et le WC. C'est ainsi qu'il n'y rien d'étonnant de voir un homme en caleçon et un autre presque entièrement nu, accomplir leurs dix tours de baraque.

Devant la pointe d'une baïonnette ou le canon d'un revolver nous sommes contraints d'exécuter ces punitions inhumaines, parfois dans des conditions qui les rendent encore plus dures comme par exemple une température de vingt degrés sous zéro.

Une " civilisation allemande " dont nous Belges et arriérés, nous ne saisissons pas le bien fondé et la faveur de pouvoir y participer.

Les plus âgés parmi nous, les invalides de guerre, les mutilés, les maladifs, tous y passeront car la "Partei" représentée par le bourreau "Jerry " l'exige ainsi. Et malheur à vous quand vos forces sous le poids de cette nouvelle civilisation, cèdent, les gardiens sont là pour vous rappeler à l'aide de la crosse du fusil que les bienfaits de cette idéologie ne reculent devant rien.

Venez voir, vous, lâches et traîtres de la première heure, venez voir comment ces corps affaiblis et amaigris, se traînent vers leur baraque après ce traitement bestial. Venez voir comment, disparaissant sous une couche de neige et de boue, leur figure reflète les traits durs de ceux qui ne céderont pas, venez voir les lueurs de la haine dans le fond de leurs yeux lorsque la tête se tourne vers l’Ouest, loin au delà des barbelés, où ils vous savent protégés et favorisés par ceux qui sont leurs bourreaux. Ils vous envoient leurs malédictions car vous êtes autant responsable pour notre misère que ceux, qui nous tiennent. Oui, nous nous portons bien ici, sait-on lire dans vos journaux maudits, tellement bien qu'on a toujours le courage de chanter notre hymne National en trébuchant vers les baraques. Vous aurez honte un jour d'avoir prêté votre plume au service de propagande de ce régime.

" Jerry " se spécialise dans la découverte de nouvelles taquineries qu'il ne tarde pas à mettre en pratique. Un de ses " Hobbys " est le déménagement massif.

De temps en temps nous devons changer de baraque en un temps record. Plus de six cents prisonniers chassés portent et traînent leur bien d'une baraque à une autre en se bousculant devant la porte étroite où les uns veulent sortir tandis que les autres doivent y entrer.

Il est difficile de vous faire comprendre combien les menus objets sont chers au prisonnier. Un simple clou pour y attacher la photo des siens, un bout de ficelle pour pendre son linge la nuit, un crochet et quelques pointes, la petite planchette pour y déposer son nécessaire à raser, tout cela représente un monde, un inonde de souvenirs, un rappel à un passé libre et heureux, un rattachement à tout ce que nous ne voulons pas perdre.

Parfois l'ordre de déménager arrive la nuit. Faire de la lumière est défendu, vous vous imaginez qu'il fera jour avant que chacun ait trouvé une place et soit installé dans la nouvelle baraque.

Les appels journaliers se font maintenant en plein air. En dehors de ces rassemblements, de 6 heures et de 17 heures, nous devons " Antreten " encore plusieurs fois par jour. Il nous arrive de rentrer dans la baraque à 13 heures, venant du rassemblement de 6 heures du matin.

Un matin pluvieux nous sommes rassemblés sur la route centrale en face de notre baraque. Il fait froid. Nous ne nous demandons plus pourquoi on est là, ou la raison de ce rassemblement, cela n'aura d'ailleurs aucune importance, nous attendons. "Jerry" s'amène suivi d'une trentaine de soldats, nous avons compris. Le détachement entre dans notre baraque, quelques secondes plus tard les fenêtres s'ouvrent et nous voyons sortir tous les objets qui se trouvent à l'intérieur. Commençant par les sacs à paille et les couvertures jusqu'au plus petit bibelot qu'ils trouvent accroché à une des poutres du toit.

Quand tout l'inventaire se trouve dans la boue le long de la baraque, nous devons regarder ce spectacle encore plusieurs minutes avant d'être libérés pour aller à la recherche de nos biens. Les souvenirs les plus chers disparaissent sous la boue et nous sommes impuissants...

Dès que les rangs sont rompus nous nous jetons sur les tas d'objets entremêlés pour essayer de retrouver nos affaires et d'en sauver le maximum possible.

La nuit suivante nous nous couchons sur les planches de notre "bac à puces".

 

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