STALAG IIB   HAMMERSTEIN,   CZARNE en POLOGNE

CAMP de PRISONNIERS de GUERRE 1939-1945 en POMERANIE

 

Photos et textes

transmis par son petit fils

 

Laurent MECHINEAU

 

 

 

 

1935

avant son incorporation

 

 

Jules DOUCET

 

carte postale de 1941 durant la captivité

 

Matricule 72 810

JULES DOUCET : 11 janvier 1915 – 10 avril 1979

 

Soldat de 2° classe agent de transmission et clairon au 95° RI de BOURGES, 11° bataillon, 4° compagnie

Du 4 septembre 1939 au 10 mars 1940 : 21° bataillon, 13°compagnie

Fait prisonnier le 17 mai 1940 à LANDRECIES (NORD)

 

Captif au Stalag II B à HAMMERSTEIN le 26 juin 1940

 

Envoyé à RÜGENWALDE le 5 juillet 1940 jusqu’au 3 mars 1945

Kommando : N° 1042,  puis  à partir du 3 septembre 1943 : N° 421

Officiellement libéré le 4 mai 1945

Première fête franco-écossaise du 15 août 1931 à  AUBIGNY Sur NERE à laquelle Jules Doucet participe

 

" L’Albinienne : j’ai joué dans cette société de juin 1934 à octobre 1936,

+ quelques fois pendant mes permissions de décembre 1936 à 1938 "

 

                   " Mon grand-père Jules DOUCET est né à ENNORDRE dans le nord du département du CHER en SOLOGNE, le 11 janvier 1915.

            Il n’a pas connu son père, prénommé lui aussi Jules, ouvrier agricole, celui-ci ayant été tué peu de temps après, à Notre DAME de LAURETTE. Sa mère Philippine originaire de CLEMONT s’est remariée avec Léon SIGURET, d’ARGENT Sur SAULDRE ; deux filles sont nées de cette union.

            Issu de la classe 1935, il est appelé sous les drapeaux au 95° Régiment d’Infanterie de BOURGES et incorporé le 15 octobre 1936. Il vit alors avec ses parents à AUBIGNY Sur NERE où il travaille  comme cultivateur et s’implique dans la vie locale. Il participe notamment aux célèbres fêtes franco-écossaises et fait partie de la fanfare « l’Albinienne ». Il est soldat agent de transmission et clairon jusqu’au 15 octobre 1938 où « il est renvoyé dans ses foyers » et « passe dans la disponibilité » le 16 octobre 1938.

            C’est durant cette période qu’il rencontre Suzanne-Juliette FOUCHER ma grand-mère qui, à cette époque est l’une des filles d’un agriculteur chef d’une entreprise de battage d’ AUBIGNY Sur NERE.

            Il est rappelé le 2 mars 1939 pour une période de « soit disant 21 jours », après une permission pour la Pentecôte, il rentre chez lui mi-août. Le jour de la déclaration, le 3 septembre, il assiste à un mariage et ne dort pas de la nuit, et c’est alors qu’il est couché depuis peu que les gendarmes viennent frapper à ses volets pour lui remettre son ordre de mobilisation. Il ne rentrera chez lui que le 5 mai 1945 (anecdote racontée par ma mère).

           Il rencontre durant son service militaire de 2 ans, puis lors de ce rappel sous les drapeaux, ceux qui ensuite seront aussi ses camarades de guerre puis de captivité, au stalag II B.

           Tous les effets personnels (photos, lettres qu’il a envoyées à ses parents et ses sœurs, documents militaires et personnels, objets divers) que vous découvrez ici et quelques autres encore, sont rangés depuis son retour dans sa valise de prisonnier que nous avons, après lui, précieusement gardée. Quelques-unes de ces photos l’ont accompagné pendant la guerre puis en Poméranie. Ces seules « images de la FRANCE » les aideront, ses compagnons et lui, durant cette détention.

            C’est à partir de toutes ces lettres (après la guerre, il les a lui-même toutes relues et pour beaucoup annotées) et son carnet, que j’ai pu rédiger, pour ce magnifique site, le récit de sa vie et de sa captivité pendant cette période de notre Histoire.

            Pépé JULES nous a quitté à 64 ans alors que je n’avais pas 6 ans, et je  n’ai  jamais tant appris sur lui.

 

Laurent MECHINEAU

 

 

 

 

1936

avec ses camarades

 

 

1936 - 1ère colonne de route

 

Livret militaire

   

 

1ère permission 1936  Route d' ARGENT sur SAULDRE

 

 

 

Au point de 0 de BOURGES en 1936

 

1er rang 2e à partir de la gauche

 

 

 

 

 Au milieu 2e plan

 

 

 

 

 

 

 

1937

 

Colonne de route le 5 juillet 1937

(5° étape)

à droite

 

 

Sur la neige du Puy de SANCY

manœuvre le 18 juillet 1937

(3° accroupi à partir de la gauche)

 

 

Permission en août 1937,

en tenue de L’Albinienne

 

    1938

 

Marche du 1° avril 1938, « les cliquants », 

de la 1° compagnie aux environs de BOURGES

 

 

Marche du 1° avril 1938, la pause

(2° rang, 2° à gauche)

 

 

2 avril  1938 au quartier : le jardin du mess

(au milieu de la photo)

 

2 avril 1938 au quartier : la cantine (allongé)

 

Colonne de route 2 juin 1938, LUSIGNY 

« le dîner des cliquants » (le 3° à droite)

 

 

 

Colonne de route 2 juin 1938, LUSIGNY

«  Buvons un coup, nous l’avons bien  gagné »

(le 3° à droite)

 

 

 

La clique, les trompes pendant la pause »

camp de MAILLY manœuvre 1938, (à gauche)

 

 

MAILLY : un soir après la toilette (à droite)

 

 

 

Colonne de route MAILLY

Concert auquel il participe

 

 

1938  Route de MENETREOL à AUBIGNY

chez mes parents en permission.

 

1939

 

Jules DOUCET est rappelé au 95°RI le 2 mars 1939 pour ce qu’il pense être une période de 21 jours. Il informe ses parents le 3, depuis la caserne CARNOT de BOURGES, « après 24 H de service » qu’il part le lendemain à SEDAN et ses environs pour y faire divers ouvrages (tranchées, pose de câbles….). Il précise qu’il communiquera son adresse pour qu’ils lui envoient le journal de SANCERRE.

 

Il indique dans sa lettre du 14 mai, qu’il effectue les démarches pour une allocation (celle-ci est sans doute liée à son statut de pupille de la première guerre mais il pense pourtant ne pas avoir droit). Il croit aussi, au vu des déclarations du général GAMELIN, qu’ils pourraient rester sous les drapeaux jusqu’en octobre, voir pour certains jusqu’en avril de l’année prochaine. Ils sont ses camarades et lui, mal nourris, mais arrivent à améliorer le ravitaillement sans dépenser trop d’argent dans les cafés de SEDAN. Il ne demande donc pas à ses parents d’envoyer de colis pour le moment.

Il espère venir en permission pour la Pentecôte en partant vers le 29 mai, mais à condition d’avoir 12 jours avec 2 dimanches (et non 7 jours compte tenu du long trajet). Il refuse pour cela les premières permissions proposées, cela lui vaut d’être questionné par son lieutenant, surtout qu’il a bon espoir d’avoir 12 jours « agricoles » supplémentaires. Mais les fratries (les parents étant alors seuls dans les exploitations) et les pères de familles (particulièrement dans ce dernier cas) sont prioritaires. Il espère aussi bénéficier de la gratuité du transport en train comme le prévoit un récent décret (le transport lui coûtant alors entre 120 et 150 F).

            Il fait un premier et bref passage à AMBLIMONT, puis début juillet à SAILLY et à CARIGNAN prés de la frontière belge (« villages entièrement détruits du 10 au 20 mai 1940 »). Il donne des nouvelles satisfaisantes à sa famille : il monte une nouvelle « clique », s’occupe des répétitions et joue de temps en temps aux quilles. La nourriture est toujours mauvaise et « l’horizon encore chargé » laisse présager que les permissions pourraient être supprimées. Ils se rendent ensuite à MOUZON, puis retournent fin juillet à AMBLIMONT pour poser des barbelés. Mais « pendant mon séjour à AMBLIMONT, pas posé un mètre de barbelés, pas de chaussures spéciales donc resté au cantonnement ». Il pleut beaucoup, il reçoit aussi un peu d’argent de son patron et quelques nouvelles de ses amis avant de revenir sur SEDAN.

            Le 9 août, ils partent en forêt prés de FLEIGNEUX pour y faire « des réseaux câblés ». Il pleut toujours beaucoup et « la pluie coulant sur les feuillages rend le travail dégoûtant ». Sa section est logée dans de bonnes conditions chez des fermiers, des gens (tout comme à AMBLIMONT) très gentils qu’il retrouvera en mai 1976. Il espère être libéré le 12 août (alors qu’il croyait encore le 7 qu’ils ne rentreraient à BOURGES que le 10 septembre), mais il ne l’est que le 19. Entre temps, le 15, il passe une bonne soirée avec quelques compagnons à CHARLEVILLE-MEZIERES. Mais sa hiérarchie lui indique clairement que la situation est telle qu’ils seront sans aucun doute très rapidement ré-incorporés.

« De garde à FRENOIS ARDENNES avril 1939 A gauche»      « Au travail à FEIGNEUX mi-août 1939 » Au premier plan

« AMBLIMONT ARDENNES juin 1939 » En chemise blanche

(lieux revus le 27 MAI 1976)

Son recueil de chanson de marche pour sa « clique »  

 

L’une des lettres que mon grand père a envoyé à ses parents

lors de cette période,

 il a rajouté lui même après la guerre les annotations en vert

 

 

Le 3 septembre, jour de la déclaration de guerre, il assiste à un mariage et ne dort pas de la nuit. C’est alors qu’il est au lit, que les gendarmes d’AUBIGNY Sur NERE viennent taper à ses volets le dimanche 4 au matin pour lui remettre son ordre de mobilisation. Il rejoint le 95° RI à VILLERS Sur BAR dans les ARDENNES (« village détruit 10/15 mai 1940 par offensive allemande »), il est affecté au 21° bataillon 13° compagnie.

 

Les premières nouvelles qu’il envoie sont bonnes, le moral est bon, il travaille avec son unité et indique qu’il n’a pour le moment besoin de rien. Fin septembre, sa compagnie est envoyé dans une ferme où ils effectuent notamment le ramassage des betteraves. Une partie de son régiment est monté en ligne, il est alors sans nouvelle de bon nombre de ses compagnons.

 

Début octobre, bien que la guerre soit déclarée depuis un mois, ils restent affectés aux travaux agricoles, il est d’ailleurs question pour eux de passer l’hiver là où ils se trouvent. Il écrit : « cela serait à souhaiter, il vaut mieux coucher dans le foin que dans les tranchées ». Ses camarades et lui essayent de ne pas trop s’en faire, et prennent même le temps de jouer au ballon de temps à autres.

Alors qu’ au sein de la 13° compagnie  ils n’ont toujours pas leurs véritables tenues, il demande à ses parents de lui envoyer des vêtements chauds. Les colis étant limités à 5 Kg, et les denrées périssables interdites, il ne leur demande que des fromages de fermes. Il reçoit aussi des nouvelles des membres de sa famille qui sont sur le théâtre des opérations, comme ses cousins Roger RAT et René DEPARDIEU qui sont pour le moment à l’arrière. Quelques parents et amis, son ancien patron M. GODEFROY (grainetier place PLANCHAT à BOURGES), et son patron lui écrivent aussi, et ces derniers parfois, lui envoient même un mandat.

 

Mais ses sœurs croient qu’il ment pour n’inquiéter personnes. Son unité demeure encore au même endroit et travaille toujours dans les champs dans un secteur calme. Ils se lèvent à 6 H 30, travaillent à partir de 8 H 30, prennent une soupe à 11 H, recommencent à 14 H et reprennent une soupe à 17 H 30. Ils font quelques achats dans une épicerie voisine ou ils peuvent aussi écouter les informations. Ils arrivent aussi de temps en temps à attraper des lièvres et ramassent des châtaignes. Comme il l’écrit « Avec tout cela, on ne se croit pas en guerre », mais « tous s’estiment heureux de leur condition, car tous sont d’accord pour dire que la guerre va durer ».

 

Il arrive le 26 octobre 1939 à Saint MARD Sur AUVE (MARNE). Tout comme à VILLERS Sur BAR, son unité loge et travaille dans une ferme (il y retournera également le 17 mai 1976), mais le mauvais temps ne permet pas la récolte des betteraves. Il continue à envoyer de bonnes nouvelles, le moral reste bon et s’il espère une permission, les pères de famille, ceux qui sont mariés et les chargés de famille seront au cas où elles seraient accordées, prioritaires. Ils chassent là aussi de temps en temps un lièvre. Il achète tous les matins 1 l de lait 1 F qu’il partage avec son ami de BLANCAFORT (village voisin d’AUBIGNY Sur NERE) qui fournit le café et reçoit toujours le Journal de SANCERRE. Il est heureux d’apprendre que sa sœur Simone est marraine de guerre, et croit de plus en plus en une permission , bien que celles-ci « ne soient pas facilement accordées contrairement à ce que disent les journaux ».

 

A partir de novembre, il devient clairon de garde et bénéficie du repos le lendemain, « comme si cela était fatiguant ». Le patron de la ferme où il loge bénéficie d’une permission (il est père de 4 enfants), tout comme 2 camarades de la 13° compagnie pour se marier. Il obtient encore des nouvelles de membres de sa famille et d’amis qui sont au front, et reçoit encore parfois des mandats de son patron et de ses parents. Pour ne plus les inquiéter, il envoie quelques photos.

 

Il part en permission le 24 novembre pour 12 de jours et revient le 5 décembre. Et si à son retour son moral reste au beau fixe, il voie bien qu’il n’en est pas de même pour tous les permissionnaires. Le temps est encore mauvais, son régiment travaille peu.

 

Une partie de tennis organisée le dimanche 17 décembre dans la cour de la ferme de SAINT MARD sur AUVE devant le grand-père

 

« dimanche 17 décembre, la poignée de main avant la partie »

« la partie se termine »

 

Le 15 décembre, son régiment est divisé en 2, les plus jeunes partent en rejoindre un autre en opération dans le NORD PAS DE CALAIS prés de CASSEL.  Beaucoup d’entre eux se connaissent depuis 3 ans et sont bien tristes de se quitter. Ils font des photos (non retrouvées) et ceux qui restent pensent qu’ils ne vont pas tarder à partir. Tous voient qu’il y a « de plus en plus de pagaille ». Mais pour le moment ceux qui restent ne font quasiment plus rien, ils passent le temps en allant quelques fois au cinéma ou en faisant du sport (tennis, football). Il prend toujours en tant que clairon la garde 1 jour sur 2 et sonne le réveil et la soupe. Pour Noël l’ordinaire est tout même amélioré avec un « bon gueuleton ».

1940

 

Le 3 janvier au matin, « des copains sont partis » avec la même émotion toujours dans le NORD PAS DE CALAIS près de CASSEL, il ne reste que sa compagnie . Mais dans le même temps d’autres arrivent du centre de B………(rédigé comme cela sur la lettre).

 

 

 

Son ami de BLANCAFORT et lui sont heureux de retrouver quelques amis comme René PELLE de la ferme des Forts à AUBIGNY Sur NERE et l’instituteur d’OIZON (village voisin d’AUBIGNY Sur NERE).

Tous se préparent à partir le 5 janvier au soir pour un village situé à environ 50 Km

 

Ils arrivent à SENUC (ARDENNES) le 6 janvier, une partie du trajet s’effectue en train, l’autre à pied. Les conditions sont mauvaises : la pluie et l’alternance de gel (qui induit la formation de verglas) et de dégel rendent les routes très boueuses. Ce village est « neuf car entièrement détruit pendant la dernière guerre ».

Il y retrouve une bonne partie de son régiment. Les conditions de logement sont des plus pénibles, les nuits sont très froides, les températures descendent à –18°C et parfois même jusqu’à –24°C. Il dort dans un grenier « sous la tuile » au-dessus d’une bergerie, alors que leurs officiers ont droits « à un bon lit dans une chambre ». Ils récupèrent tout de même un poêle allemand et la patronne de la ferme leur donne quelques victuailles à 1 ou 2 reprises.

 

Hiver 40 à SENUC

 

Les permissions jusque là réservées aux mariés, sont suspendues pour plusieurs jours. N’en bénéficiant pas pour le moment, à 4 reprises des permissionnaires vivants près de chez ses parents passent les voir pour donner des nouvelles et lui ramener des colis (le dernier est René PELLE, le 15 février, juste avant son retour de  permission).

Ils ne font rien, si ce n’est de l’exercice « comme des bleus » ; le 12 il est affecté à la CHR, « une planque », puis le 16 au soins des chevaux. Il achète des sabots, des chaussons et du miel grâce à un mandat du « Père ANDRE » car le froid dure. Mais en ayant assez de ne rien faire, il se porte volontaire pour remplacer les permissionnaires. Il remonte une « clique » de musiciens avec entre autre « un clown joueur de banjo ».

Fin janvier, il tombe malade et espère sans trop y croire une permission pour « les foins ». Au fur à mesure que le temps se radoucit, il se sent mieux, mais apprend par Lucienne les nombreux décès d’appelés issus de son pays. Parmi eux, celui d’un de ses bons amis, le « Petit MERCIER », qui a été tué alors qu’il revenait de permission. Elle lui donne aussi des nouvelles de ses cousins et autres membres de la famille comme Julien SIGURET qui est en permission et Henry DEPARDIEU qui est, semble-t-il  à METZ.

 

Le 15 février, ils effectuent les préparatifs de départ « pour l’OISE, soit disant pour un bon moment. Si cela continue, nous ferons pas connaissance des fritz ».

 

cahier de chansons

 

Il arrive le 16 février à VAUCHELLES Les QUESNOIS (SOMME), un village de 500 habitants situé à 12 km de la mer. Ce voyage se fait sous une importante tempête de neige, la visibilité est très mauvaise et de nombreux chevaux tombent. Ils doivent ainsi abandonner quelques voitures, et ce, aussi bien avant qu’après le transfert en train : « c’est une triste colonne ». Il est d’abord logé dans un château, puis à partir du 20 dans une ferme. Il est nommé ordonnance, « ne sait que faire de ses 10 doigts », mais espère rapidement une permission. Il fait enfin beau temps. Il n’oublie pas d’écrire à la patronne de la ferme de SENUC qui leur avait donné des œufs et quelques denrées afin de la remercier encore.

 

            Il part en permission le 28 février, rentre le 10 mars, et cette fois, en plus de sa famille, il rend visite à son ancien patron, M GODEFROY et aux familles de ses camarades de régiment se trouvant à proximité d’AUBIGNY Sur NERE.

A son retour, il retrouve à ABBEVILLE son unité d’origine (11° bataillon, 4° compagnie), récupère un poste d’ordonnance et « ne fait toujours pas grand chose. ». Il y a quelques distractions en ville (théâtre et cinéma au foyer militaire), il fait parfois quelques courses au marché et assiste même de temps en temps à des parties de football entre des sélections de la Royal Air force et des sélections de l’Armée Française.

Le 19 mars il part avec d’autres renforts à LINGHEM (PAS DE CALAIS) au sein de son régiment d’active dans une compagnie d’instruction. Il retrouve des membres de la « Clique » de 1938 : Pierre GIRAULT, Thomas PEPIN et Jules FOUCHER de VAILLY Sur SAULDRE (un cousin de ma grand-mère Suzanne-Juliette), tous espèrent faire partie de la musique, surtout que le tambour major les veut.

Le 26, ils arrivent à QUESTREQUES, tout près de la côte, dans un hameau constitué d’un château et d’une dizaine de fermes à peine. Sa compagnie est la seule bien logée dans les dépendances du château. Mais ils sont commandés par des « petits jeunes aspirants qui n’ont que 6  mois de service », alors, après 3 ans de services, ils ne sont pas impressionnés et leur tiennent tête dès lors que la nourriture est des plus mauvaises. Même s’ils reçoivent le 1° avril des colis de la Croix Rouge, « le moral des troupes est au fond de la marmite » et la hiérarchie s’en rend bien compte.

Mais le 3, quelques copains et lui se payent une bonne omelette dans une ferme et l’un d’eux, son ami MERCIER (le frère aîné) parvient à capturer un lapin. Mais mon grand-père a tout de même la joie d’avoir enfin des nouvelles de son ami d’enfance « RIRI », nouvelles qu’il attend depuis plus 5 mois.

 

Le 7 avril, ils partent à SAMER près de BOULOGNE (PAS DE CALAIS), il est affecté avec d’autres pupilles au commandement, il retrouve son camarade BEGUIN, son cousin Robert VILAIN d’ARGENT Sur SAULDRE et ses amis PEOLAIT des ESPINEVREUX (SOLOGNE), Robert GUILLON de BRINON Sur SAULDRE et Jean HODEAU « M. Jean ». Il est « agent de ville » et apprend que les permissions sont supprimées. Il côtoie une vraie misère : les enfants du village leur demandent en permanence du chocolat ou du « rab » en cuisine.

Le 11, il apprend, attristé, par l’un de ses copains resté à ABBEVILLE que l’un des jeunes sergents s’est noyé et que son corps n’a pas été retrouvé.

 

 

Le 22, il va pour la première fois de sa vie au bord de la mer et observe émerveillé le phénomène des marées. Il reçoit (enfin) ce jour 2 lettres datées du 16 janvier envoyées par ses cousins Henry DEPARDIEU et Roger RAT.

Le 27, il est vacciné contre le tétanos, mais reste consigné car l’un de ses camarades a la rougeole.

Il se rend compte que « la tension monte de plus en plus » et apprend, le 3 mai que la grand-mère paternelle de ses sœurs, madame SIGURET est gravement malade et qu’un de ses cousins « doit très prochainement embarqué ».

 

 

Le 6 mai, « 5 jours avant l’offensive allemande » les événements « prennent une mauvaise tournure », ils subissent toute la nuit du 5 au 6 un fort bombardement allemand, la DCA riposte pendant plus de 4 H.

 

Le 10 mai, « veille de l’offensive allemande » : « j’ai bien peur d’un coup dur où nous autres nous serions entraînés », ils franchissent le frontière franco-belge.

Son régiment est intégré à la 7°armée du général GIRAUD et se positionne au NORD de BRUXELLES, le long du canal ALBERT.

Le 16 mai avec sa division, il fait mouvement vers VALENCIENNE et GUISE pour faire face à la percée dans les ARDENNES de la 7° division blindée du Général ROMMEL.

Le 17 mai au matin, la rude bataille commence autour de CATILLON et de Le CATEAU dans le CAMBRESSIS (NORD), la 7° division blindée du général ROMMEL reçoit le renfort du mobile et puissamment armé 1° régiment SS Totenkopf.

Les premiers prisonniers sont faits, mon grand père est l’un d’eux.

Le 19 mai au soir, le 95° régiment, enfermé dans CATILLON, à court d’hommes et de munitions et après une glorieuse défense, est vaincu. Quelques minutes avant l’entrée des SS dans le réduit du colonel GRELOT (qui a remplacé le colonel COMPAGNON en janvier 1940), le drapeau du régiment est brûlé.

 

Il est fait prisonnier de guerre le 17 mai 1940 à LANDRECIES (NORD)

 

Après quelques jours, il marche avec ses camardes et beaucoup autres prisonniers vers GIVET (ARDENNES), y restent environ une semaine, puis partent (d’après ce qu’il a raconté lui-même), là encore à pied, pour BASTONE (BELGIQUE). Ils y demeurent cantonnés plusieurs jours, puis prennent le train (dans des wagons à bestiaux) en direction d’HAMMERSTEIN (POMERANIE POLOGNE) et arrivent au stalag II B le 26 juin 1940.

 

 

Il fait partie d’un petit groupe de prisonniers (une bonne quinzaine de personnes) envoyés le 5 juillet 1940 à RÜGENWALDE (situé à 50 Km sur les bords de la BALTIQUE).

Ils y arrivent le 6 et seront ensuite rejoints par d’autres soldats français.

 

54.42, 16.42 (R"ugenwalde) sur une Google Map

http://maps.google.com/?q=54.42,+16.42+(R%22ugenwalde)&hl=en&ie=UTF8&ll=54.41913,16.441383&spn=0.081104,0.219383&t=h&z=12&iwloc=A

 

En kommando n° 1042 à  RÜGENWALDE  devenu DARŁOWO

cartes postales de l'époque

 

 

     

               

Première lettre de prisonnier

 

Si sa famille est sans nouvelle de lui depuis cette lettre du 10 mai, mais tous pensent, au fur et à mesure que le temps passe qu’il est vivant et assurément prisonnier. Annotation qu’il a rajoutée au verso d’une lettre :« la plupart des noms de ceux qui sont morts au front ont été annoncés courant mai, mi-juin pour les derniers »).

Mon arrière-grand-mère reçoit le 24 juillet une carte datée du 28 juin et envoyé le 3 juillet par les autorités militaires. : Elle lui annonce que son fils est prisonnier de guerre au stalag II B à HAMMERSTEIN, qu’il est en bonne santé et qu’il a le matricule N° 72 810. A l’instar des autres prisonniers, son nom est publié dans la presse locale.

 

 

A RÜGENWALDE, ils sont rapidement plus de 150 prisonniers français et quelques étrangers francophones. Ils sont affectés dans différents kommandos, au sein de fermes, de scieries, de fabriques ou chez des artisans.

Pépé Jules est dans la ferme du château de RÜGENWALDE (le nom des propriétaires a été oublié) qui a son propre moulin et qui est située sur les bords de la WIPER.

Kommando : N° 1042.

 

D’après ce qu’il a raconté bien après la guerre, s’ils sont si loin du camp, c’est justement parce qu’ils sont français et que la FRANCE est très loin. Cela limiterait les possibilités d’évasion, d’autant plus que personne parmi eux ne parle l’Allemand, qu’ils ne savent pas vraiment où ils sont et que les autorités militaires allemandes leur ont précisé qu’ils sont solidaires les uns des autres : Si l’un d’eux s’évade, tous au sein du même kommando, seraient remmenés au stalag et sévèrement sanctionnés. Mais surtout, tous espèrent être libérés dans un avenir pas trop lointain.

C’est là qu’il fait la connaissance de 4 prisonniers de guerre vivants en VENDEE et affectés dans une scierie, il les voit tous les jours et sera ami avec eux (et avec d’autres) jusqu’à la fin de sa vie.

Les autres sont ses camarades de chambrée et de kommando, (Ce sont les seuls noms qui se trouvent dans son carnet) : André CHABOT ( agriculteur, La CHAPELLE ACHARD, VENDEE), Henri IOOS (VENDEE), Lucien FERRE (VENDEE), M HUVETEAU (VENDEE), Roger JOACHIN (agriculteur, CHEVANNES-CHANGY, NIEVRE), Henri ROSSIGNOL (coiffeur, MONTRICHARD, LOIR et CHER), Célestin MAILLET (HUSSEIN, ALGER), César BOUDART (ingénieur agronome, HAINANT, BELGIQUE), Louis BOULANGERIE (PARIS XVIII°, SEINE), Maurice GALLERNE (PARIS XVIII°, SEINE), Jérôme EDOUARD (NANTERRE, SEINE), Camille FLEURY (REBRECHIEN LOIRET), Lucien DAME (PARIS XIV°, SEINE) et Alexandre GIRARD.

 

 

 

 

Mon grand-père et 2 de ses amis de kommando dans la ferme où ils sont affectés (ils sont issus de son régiment).

L’une des lettres qui fournies par ses geôliers qu’il a envoyée à ses parents

 

les prisonniers ne sont autorisés qu’à envoyer 1 lettre de ce type par mois

 

 

Quelques jours après cette première carte, il est autorisé à envoyer une courte lettre et écrit à ses parents qu’il va bien, que de nombreux prisonniers sont « de chez lui » (du 95°RI car il est le seul du CHER) et qu’il espère bientôt être de retour.

            A partir du 8 août, il commence à leur écrire plus fréquemment et surtout à recevoir du courrier. Il n’écrit pour le moment qu'à ces parents car il n’est autorisé « qu’à écrire 2 cartes (8 lignes) et 1 lettre par mois (26 lignes) » sur du papier fourni par les allemands. Mais il peut recevoir du courrier sans trop de limites.

            Dans ses premières lettres, il affirme être en bonne santé et travailler au moulin dans un cadre agréable avec 4 autres prisonniers (dont 3 issus de son régiment), que leur patron et les civils avec qui ils travaillent sont très gentils : « «nous ne sommes pas considérés en ennemis mais en amis ». Il précise aussi qu’ils sont bien nourris. Il gagne 4 riechmarks par semaine. Ils travaillent 9 h par jour, 6 jours par semaine, ils déjeunent le matin à 8 h 30 (ils ont une ½ h), ils se rendent sur leur lieu de travail accompagnés d’une sentinelle ou d’un ouvrier avec qui ils travaillent et déjeunent le midi sur place (ils ont 1 h et ½). Le dimanche, ils en profitent pour laver du linge, jouer aux dames ou aux cartes.

Mon grand-père en profite pour apprendre l’Allemand. De plus, ils reçoivent 2 journaux français par semaine.

Il dit être bien logés (avec tous les autres prisonniers placés dans ce secteur) avec réfectoire, dortoirs, douches et lavabos, dans des baraquements bien chauffés. Ils sont 8 par chambres et chaque prisonnier bénéficie de « 2 couvertures et d’une paillasse ». Il indique même « que certains en FRANCE devraient prendre exemple et proposer à leurs ouvriers des conditions de logements comparables ».

Il explique les règles à suivre concernant l’envoi de colis, et demande des nouvelles de ses cousins Henri DEPARDIEU, Roger RAT et René GRANGIER qu’il pense comme lui prisonniers (en fait, seul Roger l’est). Sa mère lui envoie quelques photos (non retrouvées) et lui apprend que l’un des ses amis, Léon RAFFESTIN « qu’il a vu seulement ½ h avant sa capture » n’est pas prisonnier et est rentré à AUBIGNY.

            Il reçoit 2 colis de 5 kg par mois, il précise par courrier à ces parents ce dont il a besoin (linge, vêtements chauds chaussons…..) En fin d’année il commence à entretenir  une correspondance régulière avec son patron et ma grand-mère, et écrit « qu’il fait toujours ses 72 Kg ». Le nombre de lettres et de cartes mensuelles a été légèrement augmenté.

            Il termine régulièrement ses lettres en répétant son espoir de les revoir dans un proche avenir.

 

  

 

1941

 

Début 1941, il écrit à ses parents qu’il a reçu pour Noël, comme l’ensemble des prisonniers, un colis de la Croix Rouge et de l’Etat Français contenant 2 Kg de biscuits. Il espère que cette nouvelle année sera celle du retour.

Ses parents se sentent un peu plus rassurés grâce à l’article précisant la liste des camps de prisonniers, car ils situent géographiquement le stalag II B. L’hiver est froid, les températures oscillent entre –8°C et –4°C.

Il travaille au moulin où il fait des sacs de farine toute la journée.

Il apprend que M. GODEFROY a eu « un très beau geste pour lui » et l’en remercie très chaleureusement, mais a hélas la confirmation fin janvier, de mort de certains de ses amis dont celle de BEGUIN « c’est bien triste pour la disparition des hommes que vous m’avez énumérés. Pour ce pauvre Bégin, cela correspond bien à ce qui m’a été dit au mois de mai, je n’avais jamais voulu en parler ».

Il demande à ses proches que ses colis contiennent surtout du linge, des vêtements, des affaires de toilettes… mais pas de nourriture, il est conscient des restrictions qu’ils subissent en FRANCE mais il reçoit tout de même quelques denrées : Ma grand-mère lui expédie quelques fromages de ferme et ses parents diverses victuailles : « Vous me parlez aussi que vous avez la carte sur tout, c’est bien pénible de voir tout cela aujourd’hui, la FRANCE est un pays si riche, si beau. Prenons patience, nous revivrons les jours heureux que nous avons vécus. Un pays comme la FRANCE ne peut pas mourir ».

            Mais les conditions de vie qu’il décrit correspondent-elles à celles qu’il vit vraiment ? Après la guerre il notera sur la carte du 9 février 1941 « mensonge : 25° en janvier »…….La plupart de ses lettres et cartes jusque là commencent pourtant par une même phrase dans laquelle il affirme être en très bonne santé, être bien nourri, et bien recevoir ses colis.

Début février, il pose de nombreuses questions à ses parents sur ses proches et son village : « La guerre a changé bien des situations. Est-ce qu’à AUBIGNY la chemiserie marche régulièrement ? Mon cousin Henri, où travaille-t-il ? Connaissez-vous le nombre de prisonniers d’AUBIGNY ? Mon régiment en a fourni pas mal, hélas aussi des morts. Dans votre voisinage, les prisonniers sont-ils nombreux ?. Ils lui apprennent encore la mort d’autres camardes dans la « débâcle des FLANDRES ». « Le nom des morts n’a pas toujours été facile à relever, des régiments, des divisions, étaient ramassés journellement, il était impossible de faire l’appel pour connaître les manquants. Maintenant, il y a plus d’espoir depuis 8 mois »

Avec l’arrivée du printemps, il leur demande des livres, comme La Vie de CHARCOT, d’anciens numéros du journal « SANCERRE » et de la revue « CONFIDENCE », la lecture est l’une de ses rares distractions. Il apprend que l’une des sœurs de ma grand-mère, Madeleine FOUCHER se marie « Elle a raison, pourquoi attendre ».

            Il avoue enfin début mars « être légèrement malade » et écrit : « voilà un an aujourd’hui que je vous quittais, ma permission étant terminée. Malgré les durs moments vécus, le temps passe. Il y a 2 ans ce mois que j’ai été rappelé, avec mes 2 ans de service, cela fait quand même 4 ans que je porte le kaki ».

            Début avril, un nouveau système pour les colis se met en place : Il reçoit chaque mois du stalag deux étiquettes (une bleue et une rouge) qu’il joint aux courriers pour l’envoi des colis. « Ça fait plaisir de recevoir des douces choses de FRANCE ».

  

cartes pour les colis, une blanche ancien système, une bleue nouveau système

 

            Courant mai, alors qu’il travaille toujours au moulin, il apprend que certains prisonniers commencent à rentrer en FRANCE : « Sur 150 que nous sommes environ, 1 seul est parti  sur demande de la FRANCE (…). De nombreux malades ont rejoint le stalag, et paraît-il plusieurs d’entre eux seraient rentrés en FRANCE ».

            Il commence début juin à travailler dans les champs de betteraves et demande comment s’annoncent en FRANCE récoltes et cueillettes. Il observe que « Les anciens combattants de 14-18 vont partir, c’est normal, ainsi que les pères de 4 enfants et plus, et certains qui ont « de la veine », enfin soyons patients.(…) Notre tour viendra aussi, mais quand ? ».

Il apprend par d’autres prisonniers l’importante misère en FRANCE, les légumes, en particulier sont chers. Il se renseigne pour envoyer ses économies à ses parents, un riechmark devant être payé 20 F. Mais fustige « un sur AUBIGNY qui se distingue pour une fois, qu’il en profite avec sa clique et rigole de tout cela ». S’il pense continuer à joindre encore l’étiquette bleue, il pense n’envoyer la rouge qu’une fois tous les 2 mois, pour ne pas « obliger » ses parents.

            Il reconnaît encore début juillet avoir eu la dysenterie et subi de dures privations en arrivant en POLOGNE. Il rajoute que « Si certains ont du théâtre, d’autres c’est la chasse aux poux et aux puces qu’ils ont pour distraction, pas besoin d’être chez moi pour voir où vous en êtes rendus. La CHAPELLE D’ANGILLON a donc souffert de la guerre en juin 40 ? La drôle de guerre ».

 

Les moissons commencent en août, il travaille alors aussi le dimanche et gagne jusqu’à 1,15 reichmarks par jour (une partie de ce qu’il gagne sert à payer le logement, le médecin, la nourriture, le chauffage…), il envoie donc à ses parents 60 reichmarks, et prépare un second mandat de 80 reichmarks.

Etant désormais certain de passer un autre hiver en POMERANIE, il demande des vêtements chauds et dans la mesure du possible du pain d’épice. Mais les pénuries sont partout. « En FRANCE cette année la ficelle lieuse aura manquée, quelle pénurie quand même. Pénurie en FRANCE, pénurie dans l’EUROPE entière. En FRANCE, les paysans sont à l’honneur plus que jamais, pour les procès aussi. Ils n’ont pas eu le temps de connaître les lois qui les entraves chaque jour. » « La faim aura raison de bien des choses ». Son moral est alors bien loin d’être au beau fixe.

            En septembre, le mauvais temps entrave les moissons, il apprend que l’une de ses sœurs a été agressée, mais les responsables ont été appréhendés et la justice fera son oeuvre.

Il reprend les travaux des champs (il rentre le regain). Mais les rations ont été diminuées, il demande à son patron de lui envoyer des châtaignes (« surtout pas de fruits, ils pourrissent »). Pour en obtenir, il lui suggère d’aller à la ferme des Blinières à ENNORDRE (là où il est né et où son père travaillait) ou à la ferme des Vives à AUBIGNY auprès de Désiré.

Il envoie une photo de groupe (celle ci-dessous), en reçoit quelques-unes (non retrouvées) et écrit encore «  Toi mère chérie, tu es désolée par instant, ainsi que ma petite Juliette ; Regardez bien les choses en face. Mettez-vous à la place de ceux qui ont perdu les leurs, ils ne reviendront jamais. Dans un temps plus ou moins long nous rentrerons. Le temps ou l’on mangeait à sa faim et l’on buvait à sa soif reviendra aussi, et l’on saura un peu mieux l’apprécier. »

 

récolte du regain, mon grand-père debout au centre et André CHABOT est au premier plan, il a délaissé quelques peu la scierie

 

photo de groupe recto

 

Une photo de groupe avec son kommando et quelques autres kommandos voisins (certains prisonniers sont affectés à des fermes voisines et d’autres à la scierie) qu’il envoie à ses parent à l’automne 1941.

Debout se trouvent de gauche à droite : Roger JOACHIN (en deuxième position), Jules DOUCET (en quatrième position), et André CHABOT (en sixième position).

 

photo de groupe verso

 

Alors qu’il prépare un 3° envoi d’argent (80 reichsmarks), La nourriture est de nouveau restreinte, cette fois de moitié, la margarine remplace le beurre et les achats d’affaires de toilette deviennent très difficiles. Il a avec les journaux qu’il reçoit de FRANCE « un peu de mensonges à lire ». Il n’y a, pour le moment, plus de libération de prisonniers. Les conditions de logement deviennent plus difficiles car ils sont maintenant plus de 200 prisonniers, mais tous espèrent en novembre que celles-ci soient améliorées avec le passage d’un officier inspecteur. Les sentinelles les autorisent maintenant malgré tout à sortir le soir à tour de rôle à condition qu’ils reviennent avant la nuit.

            En décembre, l’ordinaire s’améliore un peu et chaque prisonniers reçoit un colis « PETAIN » (biscuit, sardines, tabac). Ne fumant pas, il fait profiter les copains du tabac. Il fait froid, il se fabrique alors un édredon avec de la balle d’avoine. Les libérations de prisonniers ne reprennent pas, même si une rumeur prétend que les orphelins de la première guerre pourraient être libérés sur présentation d’un certificat. Il a toujours le sien, mais n’y croit pas, surtout qu’il faut un extrait de jugement que ni ses parents ni lui ne possèdent. Pour assouvir son besoin de lire, il leur demande un almanach et des livres documentaires. Il expédie un 4° mandat (80 reichsmarks), est heureux d’apprendre que Julien SIGURET de JOU (le plus jeunes des frères de Léon SIGURET) se marie, mais fustige encore la presse française :« que de mensonges contient la presse française ».

 

Deux des cartes qu’il a envoyées à ses parents et qu’il a annotées après la guerre (en vert)

 

1942

 

En ce début d’année 1942, alors qu’il est le seul prisonnier originaire du CHER se trouvant à RÜGENWALDE, il découvre que son plus proche « voisin » est Roger JOACHIN agriculteur dans la NIEVRE. Ce dernier fait maintenant parti de sa chambrée, il travaille chez un boulanger et les aide ainsi à améliorer le ravitaillement. De plus ils partagent leurs colis et se promettrent de se revoir après la guerre : « c’est la fraternité ».

Il écrit à ses parents : « Le bonheur, n’en parlant pas, cela serait trop dur, oui, (…) quand je serai auprès de vous. Comment pouvez vous encore croire tous les bobards qu’on vous raconte au sujet de notre libération ? Pas songer à la libération, maintenant, avant la fin de ce terrible fléau qui ravage l’univers. Nous, prisonniers, nous possédons courage et moral pour attendre ce jour encore éloigné. »

Il est heureux d’apprendre que deux de ses bons amis, Robert BUREAU et Roland BEZARD se marient, « ces jeunes gens sont chanceux ».

Sa sœur lui envoyant du pâté de lapin, il l’interroge sur le braconnage, car la chasse étant interdite, les lapins pullulent. Mais gare à ceux qui se font prendre en train de poser des collets. Il a des difficultés à apprendre l’Allemand car les habitants du village parlent « une sorte de patois », mais, tant bien que mal, il y arrive.

Début févier, ils sont sous la neige, « L’Albinienne » lui envoie du miel. Il écrit à sa sœur : « La masse des prisonniers, à mon avis, ne rentrera pas avant la fin des hostilités ».

            S’il reçoit en mars, des confitures « qui ont été fouillées », il n’est autorisé ce mois-ci qu’à envoyer 2 lettres.

En avril de nouvelles restrictions sont imposées : Ils n’ont plus droit qu’à une seule étiquette par mois pour un colis de 5 kg. Il se rend chez le dentiste, il a un début d’infection et doit se faire refaire 2 plombages (11reichmarks).

            Pas de travail le 1° mai.

Puis, « Aujourd’hui 17 mai, 2 ans de captivité, triste anniversaire, tristes souvenirs. Ca commence à compter ». Il reçoit quelques œufs et avec son ami Roger JOACHIN qui a reçut du jambon, ils se font avec d’autres une bonne omelette (un autre fourni des pruneaux pour le dessert), « cela faisait un long moment que nous n’avions pas si bien dîné ». Car s’ils ont sans trop de difficulté des légumes pour la soupe (5 kg de pommes de terre « non épluchées »), pour le reste ils n’ont plus droits qu’à 150 g de saucisson, 150 g de margarine, par semaine, 350 g de pain par jours. Pour le matin du café et des biscuits de soldat (« autrement dit de l’eau bouillie »).

            En juin, il envoie une nouvelle photo de groupe.

 

photo de groupe prise sur les bord de la WIPER :

Jules DOUCET premier accroupi à gauche,

André CHABOT au milieu debout

(2 exemplaires envoyés à ses parents et à ma grand-mère)

En juillet, il écrit : « 2 ans aujourd’hui, j’arrivais dans cette petite ville située au bord de la BALTIQUE, j’en emporterai un drôle souvenir ». Ils ont de nouvelles distractions comme le cinéma (des films allemands de propagandes pour l’essentiel), mais encore moins à manger. L’un des ses copains de captivité, M. HUVETEAU (de VENDEE), veuf, est rappelé en FRANCE auprès de ses jeunes enfants (en fait il restera plus d’un mois au stalag avant de repartir chez lui).

 

A partir d’août, la viande devient vraiment très rare, et ce sont les colis qui la leur fournit pour l’essentiel, mais celle-ci arrive souvent moisie. Il écrit alors à sa famille : « Pour obtenir des bonnes conserves dans une boite soudée, après la 1° cuisson au bain-marie, répétez la même chose 2 ou 3 jours après ».

Il apprend que son oncle Albert vient d’être libéré, mais Roger JOACHIN ne peut l’être, le fait que sa mère soit seule à la ferme ne suffit pas. Il retrouve aussi quelques copains du 95° RI qu’il n’a pas vu depuis qu’il est à RÜGENWALDE.

 

Il écrit à sa sœur Lucienne pour ses 22 ans « Je vais finir par croire que pour 9 mois de guerre je vais faire 6 ou 7 ans comme ceux de 14-18. Une grande misère se prépare pour l’année prochaine, et même pour l’hiver prochain. Au point de vue alimentaire, tout est en déficit en EUROPE, l’agriculture manque de bras, d’engrais, de carburant, et où en est le cheptel européen et principalement le beau cheptel français qui faisait l’orgueil du paysan qui aujourd’hui disparaît journellement ? », « La récolte des pommes de terre promet-elle cette année, c’est à souhaiter, car à l’heure actuelle, c’est un légume indispensable ».

 

Il reçoit quelques photos de sa famille (non retrouvées)mais tombe malade. Il apprend par un journal belge que ceux de la classe 35 seraient renvoyés dans leurs foyers, « ils ne sont pas plus crédibles que les journaux français ».

 

A partir d’octobre, les rations sont enfin un peu plus conséquentes, celle de saucisson est plus importante et celle de pain passe à 500 g. Il fait quelques photos (prises les 11 et 12 octobre) pour ses proches (une ou il est le seul, et une avec 3 des ses camarades).

 

 

photo de groupe prise le 12 octobre sur les bords de la WIPER :

de gauche à droite : Roger JOACHIN, André CHABOT, Jules DOUCET (2 exemplaires envoyés à ses parents et à ma grand-mère)

Photo prise le 11 octobre 1942,

En 7 exemplaires, pour ses parents, ses sœurs, ma grand-mère et quelques amis. La cigarette est là pour qu’il continue à en recevoir pour ses copains.

Au verso comme toutes les photos :

ses nom, prénom, numéro de matricule et kommando avec nom et adresse du destinataire sont mentionnés

Il joint ces photos dans sa lettre du 8 novembre « Le copain de la NIEVRE est à gauche, les 2 autres travaillent avec moi, ils étaient du 95 RI, nous mangeons à la même table, nous nous entendons bien ».(…)« Nous venons d’apprendre que des forces anglo-américaines ont débarqué en AFRIQUE du Nord ». La nourriture s’améliore encore : Ils ont parfois même droit à du cacao au lait, des haricots sautés, ou encore du riz au lait à la vanille.

Le 11 novembre, ils payent 2 couronnes pour rendre hommage à 2 des leurs, morts cette année.

Les fêtes de fin d’année approchent, et l’un d’eux élève en douce un lapin pour Noël, le temps est doux, ils jouent au ballon.

Il écrit début décembre : « Et nous autres ? Ah cette fois, le 1° janvier 43 nous pourrons dire c’est cette année. Oui cette année nous retrouverons nos chers aimés, qui nous attendent depuis de longues années de souffrance. Quelle joie  ce jour là, retrouver les siens, son village. »

Depuis le 27 novembre 1940, il a reçu 67 colis représentant 330 kg, sans compter les colis collectifs de la Croix Rouge ni ceux de l’Etat Français. « Courage la fin approche »

 

   

 

1943

 

Début 1943, il va bien, l’hiver est doux, ils sont bien mieux nourris, mais n’ont plus le droit d’expédier autant de courriers. Les colis mettent du temps à arriver : il reçoit le 4 janvier un colis expédié le 14 novembre. Il travaille toujours au moulin et écrit : « Et maintenant, voici l’année 43, assez de sang versé, assez de misère, assez de larmes versées. Les estomacs ont faim. Le Jour de l’An, les vœux échangés entre nous prisonniers, furent tous les mêmes ». Il fait le point sur les mandats qu’il a envoyés à ses parents. Ils ont pu acheter ½ porc avec le dernier et lui ont envoyé en retour quelques morceaux en conserves. Il assiste à une pièce de théâtre jouée par les prisonniers d’un kommando voisin.

            Il fait si doux en février qu’ils peuvent rapidement commencer à jardiner. Se doutant que les semences manquent en FRANCE, il conseille donc à ses parents d’aller chez M. GODEFROY pour s’en procurer, et leur demande aussi quelques condiments (thym, laurier, échalotes, oignons). L’un de ses copains, originaire de GIEN (LOIRET), libéré (marié, père de 2 enfants) début janvier doit passer les voir.

            Il est content d’apprendre que son cousin René GRANGIER s’est récemment marié avec Madeleine LEFORT de la ferme des Damais (OIZON).

 

    

 

Début mai, il attrape la grippe et les autorités allemandes proposent aux prisonniers, une sorte de changement de statut :

Ceux qui le souhaitent peuvent devenir des travailleurs civils avec certains avantages comme 14 jours de permissions. Il écrit : « Aujourd’hui, on parle de prisonniers qui vont devenir civils. Vous savez, il y en a déjà qui sont partis pour 14 jours, il faut bien faire de la réclame. Au II B, jusqu’à ce jour, rien de fait (…) A notre kommando, pas beaucoup de volontaires, prisonniers nous sommes, prisonniers nous resterons, voilà la réponse. Mais à moins que nous soyons nommés d’office, alors il faudra s’incliner ».. Ses camarades et lui n’accepteront pas, mais les responsables allemands imposent à de nombreux prisonniers ce nouveau statut.

            En juin, il a eu la joie de recevoir une lettre de sa tante Marguerite, mais a « le cafard » et écrit à ses parents : « Paraît-il que ceux qui ont de la famille travaillant à titre civil en Allemagne savent bien dire à ceux qui ont les leurs prisonniers : Ah ! Vous avez de la chance, tout pour les prisonniers ».

            Courant juillet, il apprend que les hostilités ont repris en ITALIE, sa chambrée est fournie en lièvre par l’un des membres d’un kommando voisin qui (sans doute) braconne un peu.

 

En août 1943, ils obtiennent une journée à la mer, il a appris à nager et fait des progrès réguliers en natation :

 

« Je suis allé à la mer avec des copains, nous avons emporté notre déjeuner, sardines, corned beef, œufs durs, gâteaux. J’étais loin des songer lorsque j’étais tout jeune, qu’un jour, je me baignerais dans la BALTIQUE ».

 

Roger JOACHIN vient de changer de kommando, sans doute remplacé par un ex-prisonnier devenu civil. Il est maintenant affecté à 2 km du sien. Il fait d’ailleurs la connaissance de Camille FLEURY un prisonnier (resté militaire) originaire de REBRECHIEN (LOIRET) qui fut cantonné jusqu’au 8 juin 40 à La CHAPELLE D’ANGILLON.

 

Début septembre 1943, il pleut, cela retarde la rentrée des récoltes.

Avec les premiers prisonniers devenant civils, son numéro de kommando change (sans changer d’affectation).

N° 421

 

« Dans les kommandos voisins, l’histoire des prisonniers passant civils est commencée. Seuls les volontaires passent civils. A notre kommando, le tour n’est sûrement pas loin, mais je crois que les volontaires ne sont pas nombreux. Le plus triste dans cette affaire, c’est la division qui existe entre les prisonniers et les ex-prisonniers ceux qui sont civils maintenant n’osent plus mettre les pieds dans leurs anciens kommandos, car ils se font sortir et parfois insulter ».

 

Le 2, ils assistent à une pièce de théâtre interprétée par une troupe Française composée de 4 hommes et de 3 femmes. Ils sont en ALLEMAGNE pour 2 mois seulement. « Après avoir vu et entendu ces jeunes et charmantes françaises, cela nous a rappelé notre cher pays ».

 

Il reçoit encore quelques colis du Comité : « Le comité a ramassé une belle somme à l’occasion du 15 août, certainement cette somme ne sera pas toute dépensée, car nous serons rentrés avant. Tous les jours nous avons de bonnes nouvelles, y a de la joie, pour nous le plus dur est fait ». Le temps est beau, ils font quelques photos, mais depuis peu il y a quelques alertes.

 

 

 

André CHABOT et Jules DOUCET sur les bord de la WIPER

(en 2 exemplaires)

Avis envoyé au familles de prisonniers

(ceux qui n’acceptent pas de devenir civil)

concernant le contenu des colis.

 

Les récoltes terminées, il retourne au moulin. La fin de l’année approche, il pleut, il retombe malade, peu de temps après une visite médicale et doit même subir une radiographie du thorax. Depuis peu, il croise souvent César BOUDART, un prisonnier belge, ingénieur agronome originaire d’HAINANT qui le fournit de temps en temps en conserves américaines en échange de tabac.A partir de novembre, les colis « PETAIN » étant suffisant, il réduit l’envoi d’étiquette. A l’occasion des fêtes de Noël, chaque prisonnier reçoit un colis du gouvernement riche en victuailles (1 boite. de sucre, 1 boite de. chocolat, 1 boite. de haricots, 1 pain de guerre, 1 pain d’épice, 1 Kg de viande de bœuf, 1 nougat, 125 g de bonbons, 4 paquets de cigarettes, 1 pots de café et 1 petit savon).

Il reçoit une carte de son cousin René GRANGIER et quelques photos de son mariage (non retrouvées)

 

1944

 

Pas de courrier en janvier et février 1944, le premier date du 29 févier. Depuis peu, il envoie plusieurs lettres en signant Alexandre GIRARD, il s’agit d’un camarade de chambrée, qui n’a que très peu de famille, et qui lui permet d’utiliser en quelques occasions une partie de son contingent de lettres et son nom.

            Il apprend qu’AVORD (base aérienne au Sud de BOURGES) a été bombardée. Il fait beau, les grands froids sont passés, il travaille toujours au moulin. Il écrit à ses parents qu’il n’est plus nécessaire d’envoyer autant de colis : « Il commence à y avoir du gaspillage », mais il tient surtout compte des restrictions de plus en plus dramatiques.

            Début  mars, il fait passer un mot pour sa sœur Lucienne, à l’un des ses copains tombé gravement malade (une longue lettre qui passerait ainsi au travers de la censure) dont l’état justifie un rapatriement sur PARIS (là où elle vit maintenant depuis quelques mois). Il joint aussi l’adresse de la sœur d’un autre prisonnier qui vit près de chez elle. Il demande également 250 g de semences de haricots.

 

 

Il commence en avril les travaux dans les champs et le jardin de ses patrons où il sème ses haricots.

Cependant à partir de mai, le courrier devient plus rare à cause des combats. Ils font quelques photos sur les bord de la WIPER (il aime y aller, cela lui rappelle la SAULDRE et la NERE) après 5 semaines de d’isolement suite à l’évasion de l’un des leurs : « un copain qui travaillait avec moi ». Cela a valu à l’ensemble des kommandos une sanction de 3 semaines et 2 semaines supplémentaires pour le Kommando de l’évadé. Ses parents lui disent que BOURGES a été bombardé mais qu’il n’y a eu que très peu de victimes, « mais j’ai bien peur que ça n'en reste pas là ». Ceux-ci demandent à Lucienne de revenir à AUBIGNY : c’est plus sûr que PARIS. Ils perçoivent pour la première fois un colis américain de 5 Kg. En fin de mois, il passe avec quelques camarades une journée à la mer : « nous avons emmené à manger et 4 l de bière, je me suis baigné et j’ai pris un bain de soleil ».

 

   

RUGENWALDE 14 mai 44

au bord de la WIPER

RUGENWALDE 14 mai 44

André CHABOT et Jules DOUCET entre 2 camarades au bord de la WIPER

 

Lucienne rentre début juin à AUBIGNY, mais elle a eu le temps de voir le copain de son frère rapatrié de RÜGENWALDE.

 

Courriers et colis se font encore rares, ces derniers sont d’ailleurs déballés en présence d’une sentinelle et remis en échange d’un reçu qui est retourné au stalag. Il précise aussi comment se déroulent désormais les visites médicales : Elles ont lieu 2 fois par semaine, les mardis et vendredis à l’hôpital local. Les cas graves restent sur place, mais les malades transportables rentrent au stalag.

Le 12, il écrit à ses parents qu’ils n’envoient plus de colis, ce n’est plus utile : « Avons confiance de voir finir la guerre cette année. Notre belle province normande va comprendre avec ce débarquement ». Ils perçoivent maintenant chacun un colis américain par mois, un très bon colis avec corned beef, 2 boites de charcuterie, 1 boite de lait en poudre, 1 boite de saumon, 1 boite de café, 1 boite d’orangeade, 1 boite de pruneaux, 1 boite de margarine, 2 savons, 5 paquets de cigarettes, un fromage, 250 g de sucres, biscuits. De plus de nombreux stocks de colis ont été détruits par les bombardements et leurs geôliers ne leur donnent plus d’étiquettes. Il apprend aussi que la FRANCE connaît une forte sècheresse, « la misère sera encore plus terrible ».

A la fin du mois, ils sont en pleine fenaison, le temps est superbe, il fait de nouveau quelques photos sur le bord de la WIPER.

 

Baignade et canotage dans la WIPER

avec André CHABOT (à gauche dans la barque et à droite dans la WIPER)

et Roger JOACHIN (à gauche dans la WIPER), le 25 juin 1944

 

Début juillet, il écrit à Lucienne (en utilisant le nom de Alexandre GIRARD) : « Notre riche et florissante NORMANDIE est aujourd’hui le théâtre d’une terrible bataille où est engagé un important matériel qui fait de nombreuses victimes civiles. J’ai appris que la ville D’ORLEANS avait été bombardée. ».

De plus il apprend seulement maintenant que le père de son ami Gaëtan « est en ALLEMAGNE ». Il écrit à Simone (toujours en utilisant le nom de Alexandre GIRARD) qu’il vient de recevoir de ma grand-mère une lettre, qui a été censurée : « Anastasie avait donné des coups de ciseaux, j’ai lu seulement dans la phrase Jeanne et son mari sont arrivés au Poitou (ferme prés d’AUBIGNY), Aujourd’hui Jules perçoit un paquet américain ». Enfin il écrit à ses parents en utilisant son nom « Nous attendons la fin. Que d’arrestations, à AUBIGNY, c’est malheureux de voir cela ». La milice est dans cette période de plus en  plus féroce.

            Début août, ils perçoivent des colis de la Croix Rouge. Le groupement des prisonniers parisiens organise une soirée (jusqu’à 23 H 30) en faveur des sinistrés de PARIS (pâtisseries, bière, ventes aux enchères, orchestre, chansons)  : bénéfice 2000 RM (40000 F). Mais il précise à ses parents que vu la situation, il n’enverra plus d’argent « que vaudra-t-il à notre retour ». Il continue à travailler dans les champs et au moulin, coupe du bois chez un charretier et commence à récolter ses haricots. Maintenant le soir, ils peuvent écouter la radio. « Lorsque vous recevrez cette lettre, vous serez peut être américains ». Ils reçoivent aussi des colis canadiens (avec du beurre), mais n’ont droit d’écrire que 3 lettres par mois (plus de cartes). Celles-ci transitent depuis peu par GENEVE (via la Croix Rouge Internationale). Il sait que la FRANCE se libère et l’écrit à ses parents : « Les alliés à ORLEANS, cela les rapproche d’AUBIGNY. Souhaitons tous que PARIS soit déclarée ville ouverte, chose peut être faite au moment où j’écris ces lignes. Alexandre ne vous écrira certainement plus maintenant. J’ai fait l’inventaire de mes affaires en cas de départ brusqué car c’est chose possible». Il fait beau et avec quelques amis ils ont passé une belle journée au bord de la mer.

Il reçoit les 21 et 28 juillet, 2 lettres (de sa sœur Lucienne et de son patron).

 

               

au bord de la BALTIQUE le 13 08 1944                    KOPTNITZ le 17 09 1944

 

Ils ne reçoivent à partir de septembre ni colis ni courrier (BOURGES a été libéré le 6). Le ravitaillement est toujours bon, la région est calme, ils travaillent peu : semis du seigle, ramassage des pommes de terre. Il a été avec son kommando dans les kommandos voisins et ont fait quelques photos. Il revoit Roger JOACHIN et César BOUDART qu’il n’avait pas vus depuis quelques mois. Il écrit à ses parents qu’il pense que la guerre ne va plus durer et qu’il espère passer Noël avec eux. Il ne reçoit bien sûr plus de journaux français, mais arrive à avoir des informations dans un journal allemand « mais il faut en prendre et en laisser ».

 

« Comme toujours, vu les évènements, toujours sans nouvelles, ainsi que les camarades ».

Les colis américains sont plus rares, mais ils parviennent à se débrouiller entre kommandos pour améliorer le ravitaillement (il récupère du lait en poudre en échange de pommes). La région est encore calme, mais il pense y fêter ses 30 ans.

            En novembre 1944, il dit qu’il aimerait avoir des nouvelles de FRANCE et demande si Lucienne est retournée à PARIS. Ils enterrent 2 des leurs, un belge père de 3 enfants et un français célibataire. Il déposent 2 couronnes sur leurs tombes, et organisent une soirée théâtrale ainsi qu’une vente aux enchères pour récupérer de l’argent : 400 RM sont récoltés pour la veuve et ses enfants.

L’hiver est là, il fait nuit dès 16 h, beaucoup jouent aux cartes, mais lui préfère toujours la lecture (ils ont accès depuis peu à une belle bibliothèque en ville). Ils ne travaillent quasiment plus et ont de nouveau droit à une carte par mois en plus des lettres. « Alexandre est toujours en bonne santé, et maintenant c’est moi qui lui rend service ».

Fin novembre, il reçoit enfin un message de ses parents. Les courriers et les colis de la Croix Rouge Française arrivent de nouveau, c’est pour tous réconfortant.

            Ils passent un bon Noël, les nouvelles de FRANCE sont des plus réjouissantes. Ils font un bon dîner, ont droit à du théâtre, à la messe de minuit et le 25 à 10 H à une grande messe dans une salle de la ville.

Mon grand-père fait lui-même le repas de Noël pour ses amis André CHABOT, Roger JOACHIN, Alexandre GIRARD, ainsi que Henri ROSSIGNOL, un copain de régiment qu’il n’a revu que récemment, et un autre originaire de La ROCHELLE.

Il achète une lettre supplémentaire au Secours Mutuel du Stalag II B (en faveur des familles des prisonniers qui sont sinistrées) et écrit à son patron « Encore un Noël en captivité, mais je crois que c’est le dernier ».

 

14 Mai 1944

 

12 Juin 1944

 

 

 

10 juillet 1944

 

1945

Il envoie sa dernière lettre le 26 décembre 1944

étiquette 1945

 

 

1945

 

Il n’envoie plus de lettre en 1945, mais ce qu’il vit en ce début d’année est identique à ce qu’il a vécu fin 1944 :

Ils attendent de pouvoir rentrer en FRANCE. Ils font encore quelques photos, et sont autorisés encore quelques jours à envoyer du courrier.

 

07 01 1945 RÜGENWALDE (STADTIVALDE)

Jules DOUCET à gauche (photo en 2 exemplaires)

 

 

 

07 01 1945 RÜGENWALDE (STADTIVALDE)

 

André CHABOT (2° à partir de la gauche)

Jules DOUCET à droite.

 

 

 

07 01 1945 RÜGENWALDE (STADTIVALDE)

 

Jules DOUCET (1° à partir de la gauche).

André CHABOT (2° à partir de la gauche)

07 01 1945 RÜGENWALDE (STADTIVALDE)

 

André CHABOT (1° à partir de la droite)

Jules DOUCET (2° à partir de la droite).

 

Les 3 et 4 mars 1945, tous les prisonniers affectés à RUGENWALDE quittent leurs kommandos et partent pour rentrer dans leur pays. Ses patrons, propriétaires du château et de la ferme ont fui devant l’avancée des russes.

RETOUR

Récit du retour de Jules Doucet de captivité tel qu’il l’a écrit dans son carnet et sur une carte

 

Son carnet dans lequel il a écrit ce récit

 

 

 

- Samedi 3 mars : Départ de Rügenwalde 3 h du matin. Arrivée à Ncest dans l’après-midi : Assistons à la prise de Köslin par l’armée russe à 6 h du soir et dans la nuit à la base aérienne de Ncest. Köslin brûle.

- Dimanche 4 mars : Départ Gross-Möhlen à 7 h nous marchons à contre-cœur sachant que les Russes étaient à proximité. L’étape est prévue comme très dure. Après 5 h de marche, coup de canon à notre gauche, nous détournons notre itinéraire. Nos sous-officiers ne savent pas trop où aller. Nous couchons à Pleusshagen. Forte détonation à Kolberg.

- Lundi 5 mars : Départ dans la matinée pour Kolberg. Départ un peu brutal. En chemin, toujours en proies de nouvelles pour savoir ou nous pouvons passer à Kolberg. Au abord de cette ville la défense allemande est minime. Au loin nous entendons le canon ce qui nous rassure. Arrivés à 3 Km de la ville, nous arrêtons. Notre adjudant part en reconnaissance. Après 2 h d’attente, il est de retour : On ne passe pas.

Nous sommes fous de joie car si nous avions passé, c’était des marches forcées que nous aurions faites

Nous retournons d’où nous étions partis le matin. Nous arrivons à 11 h, très fatigués. Colberg brûle aussi que de nombreuses villes des environs.

            - Mardi 6 mars : Nous sommes tranquilles, les sentinelles ne veillent guère sur nous. Mais autrement nous attendons les Russes, Colberg subit un lourd bombardement. Dans le chemin qui longe la mer, les soldats allemands abandonnent tout. Le soir à 6 h : Appel.

            - Mercredi 7 mars : ce que nous attendions est arrivé : Nos sentinelles sont parties habillées en civil. Nous visitons leur chambre : Quel désordre ! Les prisonniers russes qui sont avec nous partent, sachant les leurs à proximité. Quelques copains partent en reconnaissance et trouvent les soldats russes à 4 Km dans un hameau. Tout le monde part immédiatement, en effet nous trouvons quelques russes. Nous logeons dans le château d’un baron, nous pillons la cave à vin, conserves etc…. C’est du bon, tout le monde à sa cuite.

- Jeudi 8 mars : La nuit s’est bien passée, une bonne tasse de lait sucré pour notre petit déjeuner. La journée se passe sans incident. Le départ est fixé au lendemain. Nous réquisitionnons deux chevaux et voitures pour transporter nos sacs.

- Vendredi 9 mars : Quelques incidents dans la nuit…

Nous partons à 7 h direction Köslin qui est éloignée de 27 Km. La cavalerie russe défile venant de Kolberg, nous avons vu aussi quelques chars lourds.

Une fois arrivés, nous logeons dans un camp ou des prisonniers de guerres de Köslin logeaient. Quel désordre, les camarades avaient dû abandonner le camp subitement.

 - Samedi 10 mars : Nous nous installons, l’ordinaire est fameux : lapins, poules, 2 cochons et 2 vaches furent tués. Dans chaque chambre il y a un poêle etc…Bref, nous nous gavons, nous avons également trouvé de la farine.

- Dimanche 11 mars : Tout va pour le mieux car un four est à proximité de notre camp, un boulanger nous fait une bonne fournée : 2 Kg de pain chacun.

Nombreux camarades ont la diarrhée. Les camarades qui étaient restés à Rügenwalde ont également rejoint Köslin. Un officier russe demande 10 volontaires pour charger un moteur. Il distribue des cigares. Les colonnes motorisées russes possèdent beaucoup de matériels américains. Köslin brûle encore par endroit. Formidable bombardement sur Kolberg qui soit disant avait capitulé 2 ou 3 jours avant.

- Lundi 12 mars : L’ordinaire est toujours bon. Nous passons de bonnes nuits, fautes de lumière, nous nous couchons tôt et nous levons tard. Eau et lumière manque évidemment. Chambre, lumière, une lampe à pétrole trouvée dans une maison évacuée. Nous puisons l’eau dans un fossé, elle est assez claire, mais par prudence, elle doit bouillir et rebouillir car c’est très marécageux. Préparatifs de départ car comme toujours il paraît qu’on va partir. L’effectif a été donné à la kommandantur russe. Plusieurs colonnes sont parties la veille soi-disant vers Neusttettin. Nous tuons 3 lapins qu’on fait rôtir pour emporter, ainsi que des côtelettes de porc.

 

- Mardi 13 mars : La journée se passe bien. Nombreux camarades se plaignent de dysenterie. Il est question de partir. Notre homme de confiance fait une liste pour remettre à la kommandantur, nous avons de la viande à volonté, toujours avec le système D.

 

- Mercredi 14 mars : Préparatif de départ, il est question de partir demain.

 

- Jeudi 15 mars : Nous partons à la kommandantur de Köslin pour nous faire inscrire. Nous sommes 69 environ. Quelle administration, on ne demande pas à 2 le même renseignement.

Ensuite nous sommes rassemblés dans une salle de réunion afin de prendre le départ. On attend, bref, on ne part pas. Nous avons toujours nos 2 chevaux et notre voiture. On nous prend nos 2 chevaux. C’est un polonais qui accompli cela sous l’ordre d’un officié russe. Nous lui repiquons les 2 chevaux et lui de nouveau nous les repique, mais cette fois nous gardons les harnais. Plusieurs camarades se mettent en battue pour avoir chevaux et voitures. Résultat : 5 chevaux, 3 voitures et nombreuses petites voitures que nous remorquons derrière les autres.

Un comble : 3 allemands font une fosse à proximité du cimetière pour enterrer un cadavre d’homme, un cheval crevé est enterré avec. Tout est sale, tout est répugnant dans les logements. Impossible de retourner au camp pour coucher. La nuit s’écoule quant même.

 

- Vendredi 16 mars : Départ en direction de Bublitz. Nous sommes au nombre de 200 environ.

Il faut voir quelle colonne. Les uns tirent leurs petites voitures à 3 ou 4. A d’autres sont attelés des chevaux qui ne tiennent pas debout. A la sortie de Köslin, les Russes prennent les vélos que certains avaient eu par système D. Dans les champs, chevaux, vaches, tous animaux domestiques sont en liberté. Nombreux sont aussi crevés. A midi nous faisons une pause. En moins de deux, cochons et moutons sont égorgés, les meilleurs morceaux sont retenus, les autres laissés sur champs, viandes à volonté.

Le soir nous arrivons à Brüchengrey. Nous faisons un peu de cuisine, viande et pommes de terre et café.

 

- Samedi 17 mars : Départ à 8 h du matin, je n’ai pas dormi de la nuit, cependant je n’étais pas mal logé. Nous allons jusqu’à Bublitz. Une pause de 2 h à midi nous permet de tuer un mouton et faisons cuire viande et pomme de terre. Arrivé à Bublitz à 3 h, le groupe ou je suis est bien installé, nous avons chambres et cuisine. Faisons cuire gigot et côtelettes etc…Nous trouvons un lapin que nous tuons. La nuit se passe sans incident.

 

- Dimanche 18 mars : Nous partons de Bublitz à 9 h, nous traversons la ville entièrement dévastée. Nous arrivons à Bulchenburry à 1h ½, avons parcouru 18 Km.

Nous nous installons dans une maison évacuée, faisons du feu avec les meubles. Tuons une vache.

 

- Lundi 19 mars : départ 9 h, Après 10K, faisons une halte pour manger dans un petit village. Au départ nous sommes en queue de colonne. Nous marchons pour rattraper la tête colonne sans se servir de notre voiture. Après 3 Km un copain (cycliste) vient nous prévenir que les Russes ont pris nos chevaux et notre voiture. Donc retour pour chercher nos bagages avec voiture à main que nous gardions en remorque. En arrivant la valise d’un copain avait été éventrée (celle de son ami André CHABOT qui ne pu sauver que sa montre et une carte, comme il me le raconta en septembre 1993) et les vivres de réserves disparues et cela malgré la garde d’un copain qui attendait notre retour. Repartons et allons jusqu’à Stergers, 30 Km dans les pattes. 210 depuis Rügenwalde. Avant de nous coucher, avons la visite des Russes qui nous fouillent mais nous prennent rien. Mais par contre plusieurs camarades sont dévalisés en pleine nuit et ont dû avoir recours à la Kommandantur.

 

- Mardi 20 mars : Partons à 9 h direction Schlochau. En arrivant dans les faubourgs de cette ville, un officier russe complètement ivre se précipite sur une petite poussette et bouscule les copains. Un français lui envoie un coup de poing en pleine figure et l’officié s’allonge sur la route. Enfin tout s’est arrangé pour le mieux et après la traversée de la ville qui est comme les précédentes : entièrement dévastée. L’organisation se fait un peu sentir : les trains roulent.

 

- Mercredi 21 mars : repos prévu pour la journée, Comme nous sommes à proximité de la gare, nous sommes prévenus qu’un train va passer et nous montons afin de nous rendre à Bromberg. Une fois rassemblés sur le quai, les Russes demandent des volontaires pour décharger 2 wagons de lard américain et ensuite il faut continuer, mais tout le monde n’est pas partisan, nous sommes dupés. Le commandant nous promet après un travail de 3 j. de nous embarquer en direction de Bromberg. Je suis indécis ; Je travaille toute la soirée, j’ai gagné un casse-croûte. Il ne reste que 40 volontaires pour le lendemain, moi je mets les bouts avec la majorité.

 

- Jeudi 22 mars : Nous rejoignons Köwitz, 1°ville après la frontière germano-polonaise que nous franchissons à 11 h, une fois en ville, paraît-il que nous embarquons. Les Polonais nous le certifient et ils se font acquéreurs de nos voiturettes. Une fois en gare, nombreux sont fatigués pour charger des wagons. Je suis du nombre. Nous chargeons chaussures américaines. Nous résumons que l’Amérique ravitaille du tout au tout. Les camions américains sillonnent les routes. Après 1h de travail, nous partons dans une ferme à proximité de la gare. Ceux qui ont travaillé, touchent une portion de pain. A la ferme nous cuisinons en nomades. Installé pour dormir, nous sommes prévenus qu’un train part dans une ½ h pour Bromberg. En vitesse, nous sommes à la gare. Abandonnons voitures etc.. sur le quai. Nous montons dans les wagons voyageurs sans vitre plein de détritus. Cela fait rien. Nous roulons toute la nuit pour faire 110 km, nous avons parcouru 250 Km.

 

- Vendredi 23 mars : nous arrivons à Bromberg à 7 h. A 2 km avant la gare, la locomotive déraille ainsi que les 2 wagons qui la suivent. Aucun accident à déplorer parmi nous. Nous prenons la direction de la gare avec tous nos bagages. Un peu avant la gare, nous arrêtons pour attendre les renseignements. Nous logeons chez des Polonais, le propriétaire parle le français. Les gens très gentils se mettent à notre disposition pour nous faire cuire le peu de victuailles que nous avons encore. Nous faisons notre toilette, Nous touchons du pain par la Croix Rouge polonaise. Nous sentons qu’il y a de l’organisation, mais grâces aux Polonais. Renseignements pris, nous partons à 6 h pour Thorm. Il fait un temps superbe.

Bromberg 150000 habitants. Partons à 6 h, arrivons à Thorm à 10 h.

 

- Samedi 24 mars : Nous avons passé la nuit dans les wagons. Pas fermé l’œil de la nuit. Prenons café à la croix Rouge. Embarquons dans wagons à bestiaux pour Kutuo à 10 h. Thorm a souffert de la guerre, la gare entièrement détruite. La Vestule avec un sillage argentée roule ses eaux vers la Baltique. Le train est bondé. Les Polonais rejoignent leurs foyers, nous faisons une pause, Wolclarvec, une petite pause. Prenons café et morceau de pain (Croix Rouge). Arrivons à 2 h. Nos chefs de colonnes vont aux renseignements. Nous restons à Kutuo jusqu’à lundi. Couchons dans un logement Croix Rouge. Durant le parcours, nous avons vu une campagne très pauvre. D’innombrables petites fermes construites en terre couvertes en paille.

 

- Dimanche 25 mars : très bien dormi, Nous avions passé 2 nuits blanches, prenons café à la cantine. Le groupement ou je suis déménage. En ville un Polonais nous conduit chez sa sœur. Comme nous sommes très nombreux pour loger chez cette dame, mon copain et moi logeons chez des voisins, les gens sont très gentils. Ils nous font déjeuner et dîner. Le fils est très agréable et parle bien l’allemand. Nous parlons de l’Occupation allemande en Pologne et en France et de l’occupant actuel. Le soir, il nous prépare un bon lit.

 

- Lundi 26 mars : Après avoir pris congés de ces braves gens, nous allons à la gare ou nous prenons le train de justesse. Un wagon de guerre (plateau). La campagne polonaise vraiment toujours aussi pauvre.

Arrivons à Varsovie à 2 h, nous devons nous diriger sur Lublin. A la gare, nous changeons de train 2 fois sans savoir ou vont ces trains. Enfin le train démarre. Nous traversons Varsovie qui est complètement en ruine. Nous passons la Vestule. Tous les ponts ont sauté. Nous arrivons à Prager (Varsovie), Il fait nuit, nous couchons dans un centre social.

 

- Mardi 27 mars : Au réveil, nous nous renseignons pour aller à Lublin, on nous fait savoir que le camp est plein. Pour la première fois, nous faisons contact avec un officié français, animations très naturelles à Prager. La cour ou nous stationnons est envahie par les civils polonais. Tous veulent du linge, si échange avec du pain ou de l’argent : C’est le marché noir en pluie. Je vais faire un tour en ville, on y trouve de tout moyennant un prix très cher, celui qui travaille ne peut pas vivre. Les uns vendent du charbon, de la paille, du foin, des paniers. Beaucoup achètent à un pour revendre à l’autre. C’est incroyable, un vrai marché aux puces. La ville à moins souffert que Varsovie. Les gens sont très pauvres, les femmes n’ont pas de bas, peu de vêtements, c’est la misère.

De nombreux français se marient avec des polonaises qu’ils ont rencontrées en Allemagne. Le mariage se fait au consulat et ensuite à l’église. Les Polonais sont très catholiques et en ville on trouve de nombreux reposoirs. En ville, nous voyons de nombreux soldats polonais. Nous apprenons que 250000 ont été tué dans le soulèvement de Varsovie, et c’est pour cela que cette ville est entièrement dévastée.

A midi nous touchons une soupe, ensuite nous partons en direction du camp qui est à 7 km, la marche fut pénible. Le camp est une ancienne caserne de 4 étages. Des troupes polonaises tiennent garnison à coté. Faisons la queue 3 h pour être inscrit. Nous logeons dans un sous-sol.

 

- Mercredi 28 mars : Je retrouve de nombreux camarades que j’avais quittés à Rügenwalde, dans l’après-midi, je prends une bonne douche et fais désinfecter mes vêtements car il y a de la vermine. Nous touchons une soupe le midi et une le soir. Mais comme nous sommes 4000, il faut faire la queue pendant de longues heures. Et toujours des prises de gueules. Il y a de toutes nationalités : Italiens, belges, femmes hongroises, roumaines. Nous percevons aussi 400g de pain et du corned beef avec margarine, tous produits américains.

 

- Jeudi 29 mars : Toujours les mêmes longues h d’attente. On passe la journée à faire la queue. L’eau manque, heureusement qu’un ruisseau coule à proximité, nous pouvons faire notre toilette et laver notre linge. Ou nous sommes c’est un vrai désert que du sable. Nous dormons sur la planche ou dans les couloirs. On se réveille aussi fatigué que lorsqu’on se couche.

 

- Vendredi 30 mars : Il y a appel par les autorités russes. J’ai attendu jusqu’au soir 10 h pour être inscrit. Je suis plus fatigué que si j’avais travaillé.

 

- Samedi 31 mars : Toujours la même vie, Match franco anglais.

- Dimanche 1° avril : Aujourd’hui n’avons qu’une soupe. Messe à 8 h.

- Lundi 2 avril : Messe à 8 h, R.A.S.

- Mardi 3 avril

- Mercredi 4 avril : Toujours rassemblement en vu de départ

- Jeudi 5 avril : contrôle etc…

- Vendredi 6 avril

- Samedi 7 avril : les 2, 3, 4, 5, 6° Cie sont rassemblées pour partir, la journée terminée ils attendent toujours.

 

- Dimanche 8 avril : les Cies partantes restent au cantonnement.

 

- Lundi 9 avril : Tout le monde dehors. La caserne est nettoyée. A midi, les Cies reçoivent l’ordre de se tenir prêtes. Ils doivent partir à 2 h, à la dernière minute, la 2° Cie doit passer aux douches. Cette Cie a passé déjà la veille, mais des poux ont été trouvés sur des types. A la nuit, les Cies sont toujours sur le terrain, Tout le monde reçoit l’ordre de réintégrer la caserne. Tout se fait en ordre. 1 h après l’installation, les Cies partantes doivent sortir immédiatement pour partir. Beaucoup de types commencent à « gueuler », car il y en assez des rassemblements et faux-départs. Enfin ils partent tout de même et 4 groupes de la 7° Cie partent également.

 

- Mardi 10 avril : Nous sommes peu nombreux et attendons pas pour avoir la soupe. Nous restons 2 ½ Cie et 1 Cie civile. Depuis quelques jours percevons 1 pain pour 3. Avons assez de nourriture. Je calcule les Km parcourus : 250 jusqu’à Köwitz (à pied), Köwitz Bromberg 110, Bromberg Thorm 70, Thorm Kutuo 120, Kutuo Varsovie 130 : Au total 250 + 430 = 680. Pour aller à Odessa encore 1200.

 

- Mercredi 11 avril

- Jeudi 12 avril

- Vendredi 13 avril

- Samedi 14 avril

- Dimanche 15 avril

- Lundi 16 avril

- Mardi 17 avril

- Mercredi 18 avril

 

Toujours dans l’attente.

Les bobards vont bon train.

Le temps est toujours mauvais

 

Pour le 15, l’ordinaire est amélioré

Paraît-il que pour les Russes c’est pâque

Comme passe-temps Football, théâtre, bal etc.…

 

- Jeudi 19 avril : vers 10h, nous recevons brusquement l’ordre de se tenir prêt pour le départ. Il pleut, nous embarquons dans l’après midi. La rame de wagons est prête, mais la locomotive n’est pas là. Nous passons la nuit dans les wagons.

 

- Vendredi 20 avril : Nous attendons toujours la loco, nous percevons peu de vivres. Je vends un pantalon et avec cela j’achète 6 pains blancs et 20 œufs. Le marché noir est toléré. Peu avant notre séjour au camp, il était de même. La loco arrive vers 2 h et partons 4 h. A la nuit nous nous trouvons sur chemin Varsovie Brest-Litovsk.

 

- Samedi 21 avril : La nuit s’est bien passée, bien dormi, 80 H par wagons de 50 T, 40 H par wagon de 18 T. Nous roulons vers Kowel, nous sommes en territoire annexé par les Russes. Quel pauvre pays, faut voir pour le croire. Beaucoup de familles russes se sont installées et commencent le travail des champs.

 

- Dimanche 22 avril : Stationnons à Kowel jusqu’à 10 h et ½. Partons en direction de Rowno. Nous passons cette ville à 3 h, franchissons la frontière de l’Ukraine à 6 h. c’est l’immense plaine ou la forêt. Les troupeaux sont dehors. Pas un poil d’herbe, les habitations rurales sont aussi pauvres qu’en Pologne.

Dans les gares c’est le marché noir : En Pologne avec les Polonais, en Russie avec les Russes. Echangeons vieux effets contre des œufs pains etc…

 

- Lundi 23 avril : Avons roulé toute la nuit. Avons passé à Berditschew : Arrivons à Winniziu à midi : Toujours la plaine à perte de vue. Terres très fertiles mais en jachère par place à cause de la guerre. Il fait très froid, troupeaux dehors. Pas une route. A la gare de Winniziu, incroyable, le marché noir se fait avec les femmes russes, la gare est totalement dévastée. Nous sommes à 400 Km d’Odessa.

Depuis Varsovie, nous avons parcouru 750 Km environ. A 3 h départ. Il pleut, arrivons à 5 h. Nous percevons une soupe, mais comme il pleut et que les cuisines sont éloignées, je préfère rester au wagon.

 

- Mardi 24 avril : avons roulé toute la nuit. Dans les gares, c’est toujours le marché noir. Arrivons à Odessa dans la nuit. Débarquons seulement au jour, 8 h. Rejoignons une caserne coté E. de la ville. Touchons immédiatement une soupe, puis prenons une douche. Changement des effets défectueux. Contrôle, inscription etc… Certains quartiers de la ville ont soufferts. Il est question d’embarquer, mais en fin de soirée. L’embarquement est repoussé à demain. Nous recevons l’ordre de partir ce soir. Rassemblement et direction le port éloigné de 7 Km. Nous traversons les beaux quartiers d’Odessa. Au port, grande animation, nombreux navires américains et anglais. Les quais sont bondés de marchandises américaines. Nous embarquons à minuit, bateau anglais.

 

- Mercredi 25 avril : Rien de noté dans le carnet

 

- Jeudi 26 avril : Bien dormi, couchettes superposées (4), nous déjeunons : pain blanc, beurre, soupe, viande grillée, thé au lait, nous sommes vraiment bien ; bien content d’avoir quitté le sol russe.

 

- Vendredi 27 avril : réveil 6 h. Déjeunons à 8 h. Le bateau lève l’ancre à 7 h. la mer est très calme. A l’intérieur nous nous rendons pas compte du déplacement. Nous avons exercice, façon de mettre la ceinture de sauvetage et nous nous rendons sur le pont aux emplacements fixés. Exercices alertes aux sous-marins – aériennes. Percevons 2 paquets de cigarettes américaines et tablettes de chocolat. Discipline et propreté règne à bord.

Le navire se nomme Tamarua. Vitesse 30 Km/h.

La soirée se passe bien. Le temps est superbe, j’assiste au couché du soleil.

 

- Samedi 28 avril : Je voulais assister au levé du soleil, mais je dormais tellement bien que ce dernier fut levé avant moi. Toilette, déjeuner. Vers 8 h, nous percevons la côte O de la Turquie (côté Asie). Nous longeons la côte jusqu’au Bosphore ou nous pénétrons vers 11 h. Entre exercices (alerte aux sous-marin), les côtes d’Asie et européenne sont superbes. Terrains très accidentés, les arbres sont en fleurs. Nous arrivons devant Istanbul (capital Turquie Europe). Quel beau paysage : ces minarets, ces mosquées, ses collines sauvages parsemées de pins parasols, de cyprès. De nombreuses unités turques sillonnent ça et là. Les Turcs nous saluent, c’est vraiment un pays enchanteur.

Notre navire se ravitaille en eau potable et en vivre. Le consul français d’Istanbul nous a rendu visite à bord. Nous avons subit une visite médicale par docteur anglais. Ou nous sommes le Bosphore n’a que 2 km de large. La mer est très belle, mais il y a un fort courant venant de la Mer Noire. Quelle beauté lorsque Istanbul s’illumina Et Skutaris sur la côte asiatique. J’ai contemplé cela assez tard dans la nuit, d’ailleurs le pont était comble. Des bateaux de plaisance sillonnent toujours le détroit.

 

- Dimanche 29 avril : La nuit fut bonne, le Tamarua resta ancré jusqu'à 6 h ou il leva l’ancre. Comme les jours précédents : exercices. Distribution de 2 p. de cigarettes et 1 citron par hommes chargés à Istanbul. Aussitôt quitté Istanbul, c’est la Marsuara parsemée de quelques îles, mer très calme, d’ailleurs c’est la colline des 2 côtés. Vers 2 h, nous pénétrons dans le détroit des Dardanelles. Les 2 rives sont montagneuses, à la sortie de détroit, sur le côté Europe : un mémorial du débarquement 14-18, sur le côté Asie, flanquée sur une colline une grosse date : 15 mars 1915. nous pénétrons dans la mer Egée vers 5 h. La mer devient houleuse et Tamarua commence à danser légèrement. A la nuit la mer est très houleuse.

 

- Lundi 30 avril : Vers 1 h du matin, la mer était très mauvaise, mais je ne m’en suis pas aperçu car je dors toujours bien. Au réveil, la mer était calme. Au bout quelques îles. A midi, longeons la côte E de la presqu’île grecque du Péloponnèse. L’après midi, percevons couvertures. A 2 h, de nouveau, inspection médicale, mais le but de cette visite est de dépister les « S S » français faufilés parmi nous. Paraît-il qu’ils ont une marque bien distincte et que de la façon que le docteur nous examine, ils sont tout de suite mis de côté, 2 furent trouvés et au-dessus 12,et plusieurs avaient été trouvé à Varsovie. Vers 5 h, la mer devient très houleuse et le Tamarua commence à danser, Nous voguons vers le NO O.A la nuit le tangage est assez fort. Quelques cas de mal de mer.

 

- Mardi 1° mai : Au réveil, la mer est calmée, nous sommes en mer Ionienne. A l’inspection des cales, le colonel anglais est très satisfait de la propreté des cales. Le temps est toujours beau. Quelques tourterelles émigrant vers l’Europe se posent sur le navire pour prendre un peu de repos. L’après midi, les côtes de Balabre et de Sicile sont en vue. Le volcan Etna est très visible vers 5 h. Les cimes nuageuses se distinguent parfaitement. Nous avons Messine à notre gauche et Reggro à droite. Côtes montagneuses. Le détroit de Messine passé la mer devient de nouveau mauvaise. La nuit fut bonne.

 

- Mercredi 2 mai : a 7h et ½ nous sommes à Naples, la nuit trouvons un civil louche, et distinguons la ville péniblement. Le Tamarua fait escale ¾ h. 6 américains descendent. A 8 h et ½ départ en direction du Cap Bonifacio. Le ciel s’éclaircit légèrement et distinguons la ville qui paraît très belle. A 10 et 1/2 , distribution de cigarettes, 1 paquet d’américaines et 2 paquets d’anglaises. La mer devient de nouveau mauvaise. A 7h le commandant anglais nous annonce la capitulation de l’armée allemande d’Italie. A la nuit la mer devient mauvaise.

8 « S S » furent découverts à la suite d’une inspection médicale sur le pont arrière.

 

- Jeudi 3 mai : A 2h et ½ , je me lève pour aller au cabinet, la mer est furieuse. Nous sommes au Cap Bonifacio. De nombreux cas de mal de mer. Au jour la mer devient plus calme.

 

Il débarque à MARSEILLE le 4 mai au matin, remplit ses obligations de prisonnier libéré et réussit à prendre rapidement un train en direction de BOURGES via LYON. Mais il n’ oublie pas de saluer et de donner rendez-vous dans un proche avenir à ses compagnons.

Ma grand-mère m’a racontée lors de l’été 1990 lorsqu’elle m’a montré pour la première fois sa valise et son contenu, qu’il est arrivé à AUBIGNY Sur NERE chez ses parents le 5 mai 1945, soit très exactement 2 ans avant la naissance de leur premier enfant (ma mère.

Il fait, très amaigri, le 6 mai, cette première photo avec sa mère

Carte qu’il a complété lui-même en traçant le trajet de son retour Avec sa mère, mai 1945 AUBIGNY retour captivité

 

Il se rend ensuite le 16 mai au centre de démobilisation et au centre de départemental de libération du CHER à BOURGES pour remplir ses dernières obligations légales. Il a droit à sa solde jusqu’en date du 30 avril 1940 et après avoir touché 1000 francs à Marseille, il touche le reste de ses droits pour un total de 5955 francs.

 

Sa carte de rapatrié délivré le 16 mai au centre de démobilisation de BOURGES

 

Déclaration de rapatrié retirée et remplie le mai 1945 au centre départemental de libération du CHER

 

 

APRES LA GUERRE

 

Il épouse Suzanne Juliette FOUCHER en septembre 1945. Ils partent habiter Saint-DOULCHARD au nord ouest de BOURGES. Il travaille à l’Union des Coopératives Agricole du CHER où il est responsable des engrais au silo du Paradis (Saint-DOULCHARD), ma mère est l’aînée de leurs quatre enfants.

Il est de nouveau convoqué  par l’armée à NEVERS le 29 novembre 1952 et le 3 mars 1955. Sa mère décède en 1956.

    

Son fascicule de mobilisation le convoquant à NEVERS le 19 novembre 1952

 

Son fascicule de mobilisation (la dernière) le convoquant à NEVERS le 3 mars 1955

Ma grand-mère et lui ont l’estime de tous, (collègues, voisins, connaissances) et nombreux sont les propriétaires de vignes et de jardins de Saint-DOULCHARD et ses environs qui viennent lui acheter des engrais ou lui demander conseils.

En 1972 le ministère de l’agriculture lui remet 2 médailles du travail et le 11 novembre 1974 l’Association Nationale des Combattants lui décerne sa décoration .

Médaille de l’Association Nationale des Combattants le 11 novembre 1974

Médailles du travail décernées par le ministère de l’agriculture en 1972

S’il assouvit ses passions pour l’Histoire, pour l’arboriculture fruitière et la viticulture dans sa propre vigne, il n’oublie pas et n’oubliera jamais jusqu’à son décès ce que fut cette période. : Il assiste chaque années aux cérémonies du souvenir des 8 mai et 11 novembre sur Saint DOULCHARD avec les anciens combattants de la ville, il est membre de l’amicale des anciens du 95° RI et de l’amicale des anciens du Stalag II B. Il reçoit le périodique  « Le LIEN », se rend chaque année aux réunions (en région CENTRE) des anciens prisonniers, comme en 1969 accompagné par ma mère à ROCHECORBON ou il croise outre ses anciens compagnons d’armes et de captivité, le responsable M LEPOITEVIN.

Il retrouve rapidement les anciens de RÜGENWALDE originaire de la VENDEE. L’un d’eux, André CHABOT, agriculteur à La CHAPELLE ARCHARD est l’un des ses meilleurs amis et aussi le témoin de mariage de ma mère. Ils passeront de nombreuses vacances chez l’un et chez l’autre, et près de 70 ans après leur rencontre, nos familles respectives sont encore amis. Il revoit aussi Lucien FERRE et Henri IOOS. En juillet 1974, à l’occasion du mariage du fils d’André CHABOT, il retrouve aussi son copain M.HUVETEAU qui veuf avait été autorisé à renter en FRANCE. Il revoit aussi ROGER JOACHIN, agriculteur de la NIEVRE avec qui il sera aussi ami jusqu’à sa mort.

           

Il retourne en  mai 1976 dans les ARDENNES à FLEIGNEUX, AMBLIMONT, Saint MARD Sur AUVE et FRENOIS (SEDAN), plus de 35 ans après y être passé pendant la guerre, il retrouve même la fille de la ferme de Saint MARD Sur AUVE et le couple de propriétaires de la ferme d’AMBLIMONT qu’il avait rencontré en juillet 1939, c’est d’ailleurs là que ces photos lui sont offertes. Il n’est cependant jamais retourné en POLOGNE.

FLEIGNEUX « je suis allé dans l’été 1939 dans ce village et l’ai revu au printemps 1976 »

AMBLIMONT

 « retrouve les propriétaires du lieu,

parents des jeunes enfants figurent sur la photo le 27 5 76 »

 

« SAINT MARD SUR AUVE .

Hiver 39 40, la Chambrée et la fille de la maison, lieu revu le 27 5 76 » Debout à gauche

FRENOIS (ARDENNES) avril 39, lieu revu le 27 5 76

En 1973, ma mère, avec ma naissance lui donne son premier petit fils. Ils nous a quitté le 10 avril 1979, retraité depuis 4 ans seulement. Ma grand mère, mémé Juliette repose à ses cotés à AUBIGNY Sur NERE depuis le 28 avril 1992.

 

Document humoristique remis lors d’un banquet des anciens du 95°

sur la liste d’anciens, figurent de nombreux soldats qui ont été  prisonniers au stalag II B

 

 

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