STALAG IIB   HAMMERSTEIN,   CZARNE en POLOGNE

CAMP de PRISONNIERS de GUERRE 1939-1945 en POMERANIE

 

Photos et informations transmises par 

 

Jean-Pierre HUGUET

petit-cousin par sa femme,

de Gabriel Rieucau 

Email : huguetjp@wanadoo.fr

 

Sabine Boisse de Black – petite-fille de Gabriel Rieucau 

Email : sabine.b2b@orange.fr

 

Gabriel RIEUCAU

 

 

Le récit de Gabriel RIEUCAU  est maintenant disponible

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Préambule de Jean-Pierre HUGUET

 

Gabriel RIEUCAU – Paysan aveyronnais de Saint-Julien de Rodelle

 

Né le 15 septembre 1915.

Service militaire en octobre 1936 à Clermont-Ferrand. Matricule 98 836.

Libéré le 15 octobre 1938.

Rappelé sous les drapeaux le 1er mars 1939.

Fait prisonnier le 31 mai 1940 à Lille-Loos.

PG n° 46 295 : Stalag 2 D Stargard - Stalag 2 B à Hammerstein en Poméranie (surtout dans des fermes)

Libéré par les Russes le 1er mars 1945. Traversée de la Pologne à pied jusqu’à Varsovie, puis en train jusqu’à Kiev.

Retour en train jusqu’à Paris et Rodez .

Arrivé chez lui le 28 juillet 1945.

 

1936 – 1945 : 9 années de guerre et de captivité, le récit d’un paysan aveyronnais

 

Gabriel Rieucau a laissé à sa famille un cahier d’écolier de 96 pages, patiemment calligraphié à son retour, dans lequel il fait le récit de 9 années de service militaire, puis de guerre et enfin de captivité. Devant la qualité, l’importance et les messages de ce récit, nous avons envisagé avec quelques enfants et petits-enfants de Gabriel, qui connaissaient déjà le cahier par des photocopies, de le rendre accessible à toute leur grande famille - un véritable devoir de mémoire - en produisant un document tiré à 50 exemplaires.

Nous avons par la suite rencontré M. Raymond Chayriguès, président des ACPG/CATM de l’Aveyron, M. Arnaud Bayeux, directeur de l’Office National des Anciens Combattants à Rodez, M. Jean Delmas, directeur des Archives Départementales, M. Jean-Michel Lalle, président de la Communauté de Communes Bozouls-Comtal et maire de Rodelle. Devant leur intérêt pour ce projet, nous avons décidé d’éditer un livre plus conséquent en associant au texte de Gabriel et à ses quelques lettres retrouvées, le vécu aveyronnais de cette même période au travers des journaux de l’époque et également ce qui s’écrivait dans leurs colonnes au sujet de « nos soldats », puis de « nos prisonniers ».

Nous travaillons avec passion et volonté à la préparation et à l’édition de ce document. Nous avons pris contact et fait la connaissance de Renée Poupeau qui nous aide dans nos recherches de photos et d’informations sur le stalag 2 B, sur la vie des commandos dans les fermes, sur cette terrible traversée vers Varsovie et Kiev… Gabriel Rieucau faisait partie de l’Amicale des Anciens du Stalag 2 B présidée par M. René Poittevin. Les rares voisins aveyronnais qu’il ait pu rencontrer en captivité sont hélas comme lui décédés.

Nous aimerions communiquer avec les derniers rescapés ou leurs familles qui poursuivent cet indispensable travail de mémoire et les remercions de ne pas hésiter à nous contacter pour échanger et faire avancer nos recherches.

 

Jean-Pierre Huguet  et Sabine Boisse de Black

 

TEXTE de Gabriel RIEUCAU

 

1936

SERVICE MILITAIRE

 

 

Octobre 1936 à Clermont-Ferrand

Incorporé en octobre 1936 au 16ème Régiment d’artillerie auto-tracté à Clermont-Ferrand (Puy de Dôme) pour 2 ans d’active.

Après 6 mois d’instruction sur l’armement : fusil mitrailleur, canon 75 - 90 - 155 court - 155 long portant à 30 kilomètres, toutes les recrues possédant le permis de conduire ont été prises en tant que chauffeurs. D’abord un apprentissage sur la mécanique - ensuite conduite de tracteurs chenilles servant à tirer les canons - les camions pour le ravitaillement - conduite de grands tracteurs Latil et Renault 75 chevaux, 4 roues motrices et directrices.

Le temps passait assez vite.

 

La promenade du dimanche

Le dimanche, avec les copains du pays on se retrouvait pour aller balader ensemble : Braley, Falguière de Bezonnes et Chinchole de Gages. Le matin, nous assistions à la messe au Sacré-Cœur le plus près. Ensuite nous allions dîner à la caserne car c’était assez potable et le soir on dînait en ville. L’après-midi, on se promenait dans les environs de Clermont - Aubière avec ses vignes et ses caves souterraines où on goûtait le vin - la plaine de la Limagne avec ses blés et les betteraves à sucre - le camp d’aviation à Aulnat - du côté de Riom - Volvic - au loin le château de Pierre Laval, chef du gouvernement sous l’occupation - Chamalières et son imprimerie de billets de banque - La Fontaine du Berger, petit camp militaire au pied du Puy de Dôme.

On faisait partie de la 25ème Division. Les grandes manœuvres se déroulaient à La Courtine dans la Creuse - 3 semaines environ, fin printemps -. Ensuite nous avions droit aux permissions agricoles ou autres pour une quinzaine de jours.

 

Le printemps 1936 avait été chaud, des grèves dans toute la France et Clermont n’y avait pas manqué avec ses 40000 ouvriers de Michelin, Conchon-Quinette et autres. La Police étant débordée, nos anciens étaient allés monter la garde devant tous les édifices publics, ponts et autres. Les rails étaient démontés, la gare saccagée… Enfin un mois passé et tout est rentré dans l’ordre. Mais les politiques et les relations avec l’Allemagne se tendaient de plus en plus, on sentait une odeur de guerre ?

 

 

1937      La Fontaine du Berger au pied du Puy de Dôme

 

La 2ème année, j’ai été affecté avec une dizaine de copains et un adjudant à faire le ravitaillement du Camp de La Fontaine pour des petites manœuvres. On avait souvent du temps libre. C’était au pied du Puy de Dôme. Le 25 juin, on est monté à pied au haut du Puy de Dôme. Ce jour-là, de bon matin, on voit le soleil se lever sur le Mont-Blanc.

Au mois d’août, étant alliés avec les Anglais, ils faisaient ensemble une fête d’aviation. Ils faisaient de la voltige - feuilles mortes -. C’était beau à voir, le public, très nombreux, applaudissait, et la propagande nous laissait croire qu’on était avec les Anglais les plus forts d’Europe.

 

Au printemps 37, une exposition a eu lieu à Paris. Comme on avait droit à 8 jours, avec un copain, on s’y est rendu. On pouvait aller manger et coucher dans une caserne. On s’est bien promené. Un jour, j’ai été voir des cousins qui logeaient au 25 rue Claude Bernard dans le 5ème.

 

1938     Climat lourd

 

A la caserne, le temps paraissait de plus en plus long, mais il fallait patienter et le principal qu’il n’y ait pas de guerre car cela se tendait de plus en plus. On n’était pas trop rassurés. L’année 1938 devait nous rendre la quille.

Fin septembre, les 2 ans de régiment se terminaient, on gardait toujours espoir.

L’été 38, une dizaine de chauffeurs et un capitaine ont été affectés au grand dépôt d’armement de Gravanches à 10 km de Clermont. Ce dépôt sert à récupérer après guerre tout le matériel de guerre qui peut encore être utilisé : canons, tracteurs,… Notre boulot était de faire un train par semaine et de l’expédier dans l’Est. Un jour à la gare, il y a eu un petit incident avec les ouvriers Michelin. Le matin, ils étaient arrivés avant nous ; ils avaient pris la grosse grue de 20 T pour décharger une machine pour l’usine. Ils avaient descendu la pièce à un mètre du sol et chacun était parti de son côté casser la croûte à son aise. Le capitaine leur a fait comprendre qu’on avait besoin de la grue et qu’ils n’avaient qu’à finir de descendre la pièce. Des ouvriers ont insulté le capitaine : « L’armée aux chiottes, les officiers aux poubelles ». Le capitaine leur a dit :« Calmez- vous ! Vous êtes en train de manger le poulet ; ça pourrait changer, et plus tôt que vous ne le pensez. »

Il avait bien raison car un an après on était en guerre. Notre période d’armée tirait vers la fin, mais sans être rassuré pour la libération.

Fin septembre 38, les Chefs d’Etat, l’Anglais Chamberlain et le Président Daladier, demandent à voir Hitler, Chef de l’Allemagne, pour se rassurer. L’entretien a lieu à Munich. Les pourparlers terminés, nos chefs reviennent emportant la paix avec.

 

Le 15 octobre, on nous libère. Chacun de nous était content, malgré le temps long passé à la caserne. L'hiver a été tranquille et chacun faisait ses projets pour l'avenir.

1939

1er mars 1939      Rappel sous les drapeaux

Le 1er mars 1939, un télégramme me rappelle à la caserne. Je rejoins Clermont avec mes copains du pays. On forme de nouvelles batteries; des réservistes affluent. Du matériel civil est réquisitionné : voitures, camions.

On m’affecte une camionnette 404 pour transporter les postes radio. Les usines tournent à plein. On nous livre des camions- gep- tracteurs.

Le mois d’août, beaucoup de réservistes sont mobilisés, des chevaux, etc...

Fin août, ordre est donné de se préparer pour rejoindre l’Est, les colonnes sont formées.

Départ pour l’Est

Le 28 août, on démarre direction Riom, Moulins. Au passage, des femmes venaient voir si elles pouvaient retrouver leurs maris rappelés. Beaucoup pleuraient. Elles disaient qu’avec cette aviation ce serait la fin du monde. Ce n’a pas été la fin du monde, mais 30 millions de soldats et 30 millions de civils ont été tués ou disparus.

Carte postale envoyée le 1er septembre 1939 de Semur-en-Auxois

 

Semur en-Auxoi le 1-9-39

Bien chère Maman, frères et sœurs,

Ont vient de quiter Lempdes depuis deux jours. Hier soir ont a couché à Bourbon Lancy près Moulins. Nous marchons sur route, il y a une colone de véhicules de 20 km, se soir ont vient d’arriver à Semur-en-Auxoi, département de cote d’or. à prèt-demain ont se dirige dans les Voges, pour renforcer les frontières. vous avez sertainement apris qu’il y avait mobilisation générale mai ne vous frapez pas pour cela, le moral est tres bon et ont croit jamais à la guerre. Vous me donnerai toutes les nouvelles, de Marcel et Henri.

 

Adresse : Rieucau G. 10ème Bat 16ème RADA secteur Postal 114è. La franchise est gratuite.

Après une halte, nous continuons la route : La Côte d’Or en Bourgogne, Savonnières, Guéblange-lès-Dieuze en Moselle. Le lendemain , après ravitaillement, nous arrivons dans l’Est : Nancy, Château-Salins, Rohrbach, Sarreguemines, où notre 25ème Division (25 000 hommes) s’installe sur la frontière allemande.

2 septembre 1939       Déclaration de guerre

Nous sommes au 2 septembre 1939. La guerre vient de se déclarer. Je venais d’accomplir mon trente deuxième mois de régiment.

 

LA GUERRE

 

Sur la frontière, les gens avaient été évacués aussi bien chez nous que du côté allemand sur 20 kilomètres. Les gens fuyaient le baluchon sur le dos. Il restait encore beaucoup de matériel, de mobilier et de volailles que les soldats saccageaient ; le linge partait dans les granges pour coucher ; les lapins passaient à la casserole, à moitié gaspillés. Les Allemands avaient de leur côté tout miné, les portes extérieures des maisons, etc… Il y a eu pas mal d’incidents, mains arrachées ou brûlures au visage. Nous les avons bombardé quelques heures, mais ils ne nous ont presque pas riposté.

 

La guerre avait vraiment commencé

Le 4 septembre, 2ème jour de guerre, mon Commandant « Monnier » de Clermont, en allant repérer pour installer une batterie, traverse un petit pont miné…La voiture a été déchiquetée et le Commandant et le chauffeur avec ! La guerre avait commencé.

 

L’armée allemande était rentrée en Pologne et nous laissait tranquilles. Quelques avions nous survolaient de temps en temps. Ils nous lançaient des tracts disant que les soldats anglais s’amusaient au bal avec nos femmes et nous trahissaient.

 

Lettre du 8 octobre 1939 sur papier à lettres du 3è Rt de HUSSARDS alors à Rohrbach (Bas-Rhin)

 

Dimanche 8 octobre 1939

Bien chère Maman et toute la famille,

Je viens de recevoir deux lettre, la dernière était datée du 1er oct sa fait 8 jours de route, sa commence tout de même à mieu aller à présent. J’ai l’adresse de Marcel et je vais lui écrire pour avoir ses nouvelles. Vous êtes tous en bonne santée. s’est déjà une bonne chose. Vous dites que les vendanges commence à s’appréter. Je voudrais bien y participer, mais malheuresement je suis trop loing. Je crois pas avoir de permitions tout de suite : car même qu’ont soit en arrière de 40 kmètres, ont fait partir des troupes défenssives de renfort et jusqu’à présent Notre batterie et pour inssi dire au repos, car toute les autres batterie sont repartie pour la deuxième fois sur le front ; mes pour avoir des permissions il faut attendre qu’une autre division nous remplace et que tout le Régiment revienne en arrière pour prendre le repos, à ce moment la, nous aurrons des permissions. Et comme jusqu’à présent ont est tranquille et à l’abrit, ont peut rien dire, ont demande qu’à y rester, et probablement qu’ont y passera encore un mois et plus, ont est dans un petit village, Lorentzen au environ de Rohrbak dans le Bas-Rhin ; chaque soir nous allons à Eglise du village faire la prière en commun et chanter, yer soir ont à confessé avec des prêtres militaires pour communier et aujourd’hui Dimanche ont à eu 3 messe. ont est dans les derniers villages où les paysants n’ont pas évacué. la semaine nous allons leurs aider à ramaser les légumes, ils ont beaucoup de prûnes de paûmes pour faire du cidre, et font aussi beaucoup d’alcol, mais ils n’ont pas de vignes, aussi ils ne boivent pas du vin, d’abord le litre de vin coûte 8 f, allors ils se boit que de la bière. yer je suis allé avec la voiture vert la frontière chercher des paûmes de terre et des légumes. ont va dans les champs et les jardins, comme ont veut. Il vaut mieu en profiter pour le moment, car l’hivert il va perir beaucoup de choses, ses bien malheureu pour ses pauvres paysants d’avoir tout abandonné dans les maisons, ont trouvent les armoires pleine de linge et tout les ûstanssiles, ils n’ont pas eu le temps de prendre même le principal, ils les avertissé juste quelques heures avant de les embarquer et ils étaient obligé de tout abandonner, ses malheur pour nous, s’est encore plus malheureu pour eux, car toute la famille a été obligé de quitter leur bien. Seux qui ont de l’argent sa va, mes les autres sont obligé de travailler dans les fermes chez les autres et obligé de se contenter avec peu et rien dire, enfin il faut esperer que sa sarrangera au plus tot, et pour le mien. Quand a Marcel puis qu’il est toujours en bas, il devrai se demérder pour avoir des permission ainsi que Henri, du moment qu’il y en à pour ceux qui sont en arrière. Ils réûssiront sertainement une aussi pour faire le blé ou ramasser les vendanges. Quand notre division reculera je me démerderai pour venir mes pour l’instant y a rien a faire, le bonjour à tous bonne santée je vous embrasse bien fort. Rieucau Gabriel

16è RADA 10èm Bat A6. secteur postal 114

J’ai trouvé des papier dans les dernière lettres. Pour l’instant j’en ai assé. Gardé le pour plus tard quand je pourai pas en trouver.

 

Un mois passé, nous avons été relevés et sommes partis - Metz, Sedan, Charleville-Mézières - pour une halte de quelques semaines. Nous donnions un coup de main aux paysans qui le demandaient.

 

En novembre, nous nous sommes rendus dans le Nord - Pas de Calais : Cambrai, Arras, Béthune. Nous avons cantonné à Audruicq , Hennuin pour mon groupe ! Les paysans n’avaient pas fini de récolter la betterave à sucre et la chicorée ; on a eu ordre de prêter la main à ceux qui le demandaient. Moi et mon copain Laury de Saint-Julien qui était venu rejoindre le groupe, on s’est embauchés chez des paysans. On a gagné quelques sous pour améliorer l’ordinaire. Mon copain, Albert Laury, a fait connaissance d’une fille du paysan ; ils ont continué à se donner des nouvelles, et de retour de captivité, ils se sont mariés.

 

Noël 1939 à la maison

A la Noël 39, je suis venu passer quelques jours à Saint-Julien. Dans les trains, tous les carreaux avaient été cassés par les réservistes ; il faisait très froid. Quand je suis arrivé à la maison, je ne pouvais plus parler. Je vais voir le Docteur Rieucau qui me fait rentrer à « l’hosto » (pour) quelques jours, 8 jours de « convalo » et il fallait repartir. C’était la guerre.

 

1940

 

Cet hiver a été très froid, le vin gelait dans les barriques, le pain aussi. Il fallait s’approvisionner en bois car les nuits étaient froides. Au printemps, on a continué d’aider les paysans. On se demandait ce qui allait se passer, s’ils arriveraient à trouver la paix ou la guerre.

 

La grande offensive du 10 mai 40

La nuit du 9 au 10 mai 40, les avions allemands sont venus bombarder tous nos camps d’aviation et les avions dans les hangars. L’armée allemande s’était introduite en Hollande et en Belgique.

En route vers la Belgique et la Hollande

Aussitôt, l’ordre est arrivé pour se porter au secours de la Belgique et de la Hollande. Nous recevons l’itinéraire pour Breda en Hollande. Nous démarrons de nuit, tous feux éteints. Le matin nous arrivons à Anvers Belgique. Les routes étaient encombrées de chevaux et de gens avec le baluchon sur le dos. Les avions allemands avaient bombardé des quartiers de villes, des routes. Nous avons continué notre route. Vers midi, pas loin de la Hollande, on casse la croûte.

 

Les avions allemands attaquent

A peine terminé, une vague d’avions arrive. Des Allemands. On fuit dans un bois à côté. Moi, derrière un sapin. Un éclat me frôle la poitrine, quelques gouttes de sang, c’est tout.

Revenus sur la route, les deux cuisiniers étaient morts, le village anéanti. La plus proche maison où on avait cantonné a été engloutie avec 9 enfants et les parents. Notre matériel est détruit, pneus crevés, vitres cassées. Nous réparons au plus vite et nous continuons ; quelques camions- citernes venaient de nous rejoindre pour nous ravitailler. A la tombée de la nuit, sur la frontière hollandaise, une autre vague d’avions est venue détruire toute notre essence. Il nous restait le bidon de 50 litres à chaque véhicule. Pour être plus tranquilles, nous avons couché dans les prés. Les vaches qui n’étaient pas « traites », meuglaient. Deux jours après la fièvre les a gagnées et elles tombaient comme des mouches. L’armée allemande allumait des feux la nuit pour démoraliser les civils. L’armée hollandaise et belge partait en déroute.

Ne pouvant tenir, l’ordre est venu de reculer de 100 kilomètres. Sitôt remis en position, d’autres avions arrivent. Voyant un tas de branches, je me couche dessous. Une petite bombe tombe de l’autre côté, les branches se soulèvent, la terre me recouvre et je me trouve au bord du trou, sans une égratignure, (encore une chance).

Retour en France vers Cambrai

Voyant que nous étions toujours matraqués et qu’aucun avion français venait nous défendre, le moral baissait, l’armée était désorganisée. Le ravitaillement ne suivait pas. Obligés de retourner en France. Mais les routes encombrées par les civils qui fuyaient, nous retardaient. Enfin nous prenons position sur le canal Douai - Cambrai au village de Inlanglan près de Féchain.

Le deuxième jour, en descendant le canal bordé d’arbres, j’entends de l’autre côté quelques balles de mitraillette siffler dans les arbres. Voyant un cabanon derrière un mur, je saute à l’intérieur. Des balles à nouveau sifflent dans le mur, me trouant la veste qui flottait. C’était des civils allemands parachutés pour nous démoraliser. Une heure après, je reviens au quartier et raconte ce qui s’était passé. Le lendemain, le Commandant envoie un groupe de motards et de side-cars voir ce qui se passait de l’autre côté du canal. Ils sont tombés sur un groupe d’une compagnie allemande qui ont tiré sur eux avec des balles explosives qui mettaient le feu aux réservoirs d’essence. Les motards ont été tués et carbonisés.

Protéger Dunkerque et les Anglais

3 à 400 000 Anglais étaient parmi nous. Les chefs voyant que nous ne résistions pas et que la France serait occupée, envahie, décident de réembarquer à Dunkerque pour l’Angleterre. Et notre Division fut concentrée dans la région de Lille pour ralentir les Allemands et laisser le temps aux Anglais d’embarquer, ainsi sauvés en grand nombre. Arrivés à Armentières à la tombée de la nuit, nous faisons halte. Sitôt descendus, des balles sifflent sur la route. On saute dans les fossés et nous attendons la nuit. Quand tout a été calme, on a pris position aux alentours de Lille-Loos. Le Général nous a fait défendre jusqu’au bout des munitions. Il y a eu des morts. Le 28 mai, un canon de 75 a éclaté tuant les 4 servants de ma batterie.

Fait prisonnier le 31 mai 1940

Le 31 mai, nous sommes encerclés et nous voyant prisonniers, nous brûlons les livrets militaires, les officiers leurs plans, nous hissons des drapeaux blancs, signe qu’on ne tire plus, et rassemblons toutes les armes. Vers 3 h de l’après-midi, les Allemands nous font rendre les fusils et tout l’armement. Ils nous enferment dans l’usine Kuhlman à Loos. D’autres sont dans des parcs gardés à la mitrailleuse. Au bout de 48 heures, nous étions des milliers de prisonniers, Les Anglais avaient pu embarquer.

Neuf mois de guerre se terminaient mais un nouveau calvaire commençait.

 

LA CAPTIVITE

 

A pied vers l’Allemagne

Deux jours après, de bon matin, en colonnes sur 6, nous démarrons direction la Belgique. - Ordre de ne pas sortir des rangs sous peine de mort -. C’est arrivé à quelques uns. Des soldats armés nous accompagnaient à pied, en plus des policiers de l’armée à cheval longeaient la colonne. Ce dimanche, il faisait chaud. Quand on trouvait des fontaines, ils nous laissaient remplir la gourde et c’est tout. Le soir tard, on arrive à Nivelle, pas loin de l’Allemagne - Lille - Nivelles 80 km. Dans un pré entouré de mitrailleuses, on se couche fatigués. Dans la nuit, un orage nous a rafraîchis. Au matin ,on a droit à un jus noir et on reprend la route dans la journée. Arrivés en Allemagne, on nous campe en Westphalie dans des baraquements. On pèle des pommes de terre pour faire la soupe. On avait faim et, des fois, en cachette, on avalait quelques morceaux, mais bientôt l’estomac se tortillait – crue, la pomme de terre est acide et ça nous faisait mal -. Le soir, nous avons avalé notre soupe et un morceau de pain noir moisi.

 

Dans des wagons à bestiaux

Le jour suivant, à quelques centaines, nous embarquons dans des wagons à bestiaux, 70 par wagon, serrés à se tenir debout ou à genoux, un petit coin réservé pour faire ses besoins ; on était pire que des bêtes ; pendant 3 jours et 3 nuits, fermés à clef. Une fois par jour, ils nous remplissent la gourde pour boire, sans manger, et stationnés des journées au soleil pour laisser passer les convois pour la guerre.

Au bout du 3ème jour, le train s’arrête. C’était la ville de Stargard - 120 km à l’est de Berlin. On ouvre les portes et nous descendons. Les gardiens, vieux soldats qui nous accompagnaient, poussaient des cris « Los, los, chnel, chnel », c’est-à-dire « vite, vite, plus vite marcher ». Ils nous conduisent dans un grand camp militaire pour recenser les prisonniers, fatigués, les jambes engourdies et le ventre vide après 3 jours et 3 nuits coincés dans les wagons sans rien manger. Dans le camp, on a mangé une gamelle de soupe et touché un morceau de pain noir. Les officiers ont fait appeler tous les Français qui parlaient l’allemand ; beaucoup étaient des Alsaciens et Lorrains qui nous ont questionné sur notre métier et donné une plaquette pour prendre sur la poitrine avec chacun son numéro. Le nom ne compte plus, cheveux rasés, nous étions de vrais prisonniers, une plaque de fer pendue au cou. Deux fois par jour, on mange la soupe de pommes de terre et le morceau de pain noir. Au bout de 8 jours, on nous compte à 50, direction la gare pour embarquer. Nous parcourons une centaine de kilomètres, on descend à Pyritz ( Pyrzyce ), région de Stettin.

 

Dans une ferme de 1000 hectares le 15 juin 1940 en Poméranie

Encore un kilomètre à pied, on arrive à Plonzig. A l’entrée du village, l’instituteur et une quinzaine d’élèves chantaient : «  La France, notre ennemi numéro 1 - Ils nous ont déclaré la guerre - Ils seront nos esclaves ». Parmi nous, un Alsacien nous servait d’interprète. Le village comptait une dizaine de maisons et une grosse ferme de 1000 hectares. On nous a remisés dans un grenier : un mètre d’espace à chacun, couchés côte à côte sur de la paille, une couverture, fermé à clef, surveillé par un vieux soldat avec un fusil. Trois fois par jour : de la soupe, un morceau de pain noir, de la graisse et saucisse de sang.

La ferme était passée sous le régime d’Hitler, dirigée par deux techniciens, le premier pour le travail, l’autre pour la comptabilité, et au-dessous, cinq contremaîtres qui venaient nous prendre suivant le travail à faire. Le matin à 7 h, les contremaîtres se rendaient au bureau prendre les ordres. Le soir terminé, ils rendaient compte du travail fait.

 

Le paysan raconte…

On comptait 200 hectares de pommes de terre, 200 hectares de betteraves à sucre, 50 hectares pour les bêtes - vaches et brebis -, 20 hectares de petits pois, 400 hectares de céréales - blé, orge, avoine, peu de foin -. Les vaches sont nourries toute l’année dedans ; un vacher et 4 aides s’en occupaient.

On était au 15 juin 1940. Il y avait 4 tracteurs - 2 à chenilles et 2 sur pneus -, une moissonneuse-batteuse, 35 couples de chevaux. Les champs faisaient 300 hectares. Chaque tracteur à chenilles tirait 5 à 6 socs et labourait 20 hectares. Chaque tracteur traînait 2 lieuses, chacune actionnée par lui-même. Les courtes pailles étaient fauchées à la moissonneuse-batteuse. Dans chaque champ, il y avait un grand hangar que l’on remplissait de gerbes à la moisson ; l’hiver, au temps de neige, on dépiquait. En septembre - octobre, on arrachait les pommes de terre qu’on mettait en silo dans un champ. On les distillait pour en tirer l’alcool qui servait de carburant pour les tracteurs, le reste pour nourrir des cochons. En novembre - décembre, on arrachait la betterave qu’on entassait sur le bord des routes et que les camions de l’usine venaient chercher. Les vaches étaient nourries l’été à la luzerne, l’hiver, c’était betterave, paille hachée et foin, et de même pour les brebis.

 

Le châtelain recevait un fermage de l’Etat et avait droit à la chasse. Les enfants venaient des fois en cachette nous parler ; ils parlaient très bien le français et avaient visité la France. Les jeunes étaient obligés de faire des stages, ceux des villes à la campagne, ceux des campagnes en ville. Ils se rendaient compte des avantages et des inconvénients qu’il y avait.

Dans les grandes fermes, l’heure était appliquée, mais il fallait faire des heures supplémentaires pour rentrer les récoltes en cas d’intempéries. Quand la neige restait longtemps, deux mois et plus, on plaçait des traîneaux à la place des roues et on étendait le fumier sur la neige. On dépiquait, on coupait des roseaux sur la glace sur de grands étangs ; ça servait à couvrir les granges en montagne.

 

Vivre comme des esclaves

On ne comprenait pas la langue, le temps nous paraissait long. Ils nous narguaient tout le temps comme des esclaves. Aussi 80% d’entre nous serions repartis pour nous battre contre eux. A cette époque, nous étions 1800000 prisonniers français en Allemagne. Si une telle période se renouvelait, je conseillerais de tout tenter pour échapper à l’ennemi car c’est douloureux, pénible pour un civilisé de passer dans l’esclavage.

 

Les chefs, les dirigeants, étaient les seuls à chasser. 4 chasses étaient organisées, 2 en décembre, 2 en janvier. Ils nous prenaient une vingtaine, un bâton à la main, à 10 mètres de distance l’un de l’autre. Il fallait battre le bois pour faire sortir le gibier. En avant, les chasseurs tiraient et tuaient. Une remorque suivait pour transporter le tout : une quarantaine de lièvres, autant de faisans, des renards, des sangliers et des chevreuils en janvier. On revenait chaque fois avec une pleine remorque, chaque villageois avait droit à un lot en le payant. Le reste pour les hôpitaux, soi-disant. Il nous fallait nous contenter avec les yeux et toujours la même soupe de pommes de terre et pois cassés, et quelques couennes, sans jamais goûter un morceau de viande de l’année. L’armée mobilisait de plus en plus, vieux et jeunes, et on sentait qu’ils avaient besoin de nous pour continuer à produire. Et la population s’affranchissait. Les vieux et les femmes valides venaient travailler quand les récoltes pressaient. Ils étaient très organisés, bien outillés et disciplinés. L’eau coulait partout à la maison avec étables pour les bêtes. Chaque maison avait son poste radio, alors que chez nous, c’était un par village. Le samedi était consacré à mettre de l’ordre, nettoyer les cours des fermes, devant les maisons ; la jeunesse se rassemblait au canton pour faire du sport et assister à des conférences.

 

1941 

Lettre expédiée le 16 juin 1941 du Stalag II-D – Stargard Poméranie

 

Chère Maman et Tous,

Aujourd’hui fête de Pentecôte, belle journée plutot chaude dans ce petit camp, ou ont est si nombreux. le matin nous avons eu une Messe comme chaque Dimanche (par un prêtre prisonnier): demain ont travaille pas, nous autres 10 copins ensembles ont travaille sur une ligne à recharger la voie ; un autres grand nombres travaillent sur l’autostrasse, une route de plus de 30 mètres de large, c’est beau à voir, les autres travaillent dans des fermes environnantes et reviennent le soir coucher ; il sont en train de planter les pommes de terres ; les autres récoltes sont très belles ; la vie est toujours normale et point dérangée : quand à Nous le retour a vous devient long, mes ont garde toujours bon courrage, car la vie nous à été préservé c’est déjà beaucoup, et le retour si prompt de tous, n’est pas possible ; sans de Nouveaux événements nous sommes pas sans travail. Etant si nombreux la portion est juste : envoyez sans acheter des choses que vous avez à la maison jambon, graisse, fromage, des nois et bien pliez tout arrivent en bon état ; yçi ont à pas le droit d’acheter, l’argent qu’on gagne ont l’aurra pour plutard. Vous mettrez une paire de pantalon pour se changer en ca d’être mouillé ; espérons à un meilleur avenir. Gabriel 

 

Guerre en Russie      L’avancée allemande

 

Le 22 juin 41, Hitler attaque la Russie. Depuis septembre 39, la Pologne était occupée par les Allemands et les Russes avaient beaucoup d’armées en Ukraine. En l’espace de 6 mois, les Allemands capturent une bonne partie de cette armée, 15 000 avions et autant de tanks. Les allemands arrivent aux portes de Moscou, la capitale. Ils font beaucoup de prisonniers et déportent pas mal de civils pour le travail en Allemagne, mais, l’hiver arrivé, ils sont stoppés. Routes enneigées et gel, le ravitaillement n’arrive plus. Les Russes se ressaisissent, Staline mobilise tous les valides, les jeunes gens des écoles.

 

Arrivée des prisonniers russes

Les prisonniers russes sont arrivés dans les camps épuisés par la marche à pied ou la faim.

Au camp d’Hammerstein Stalag II B (Poméranie) où j’étais de passage, 15 000 arrivants ont contacté le typhus. Chaque matin, une centaine de morts, d’autres ne pouvant plus se lever, ils chargeaient le tout sur des charrettes qu’ils allaient déverser dans des tranchées, les bras et les jambes remuaient, enterrés à moitié morts. Les Russes ont alors occupé les grands ateliers et nous, les Français, nous sommes allés chez les paysans et les artisans.

 

Au camp de la mort

Moi et une dizaine de copains avons rejoint un camp sur le tracé d’une autoroute de 32 m de large dans la région de Stettin direction la Hollande via Kummerow. Chaque 10 km, campaient 400 prisonniers pour aménager 5 km de chaque côté et entretenir une voie ferrée. Le matin, après un bouillon, on mettait 5 à 6 pommes de terre cuites pour midi, une tartine de graisse, et le soir, à la nuit, il fallait se taper des jours 4 à 5 km pour rentrer au camp. Le temps nous paraissait long et pas d’horizon pour notre captivité. Mais je gardais toujours espoir, quelques nouvelles de la famille, de France nous remontaient le moral, mais des fois, il descendait bas.

Ces camps étaient appelés camps de la mort par épuisement. Moi, j’ai eu de la chance de m’en sortir ; sans cela, je ne serais pas là. Des copains dorment toujours là-bas près de cette grande route à 4 voies. Ma santé commençait à se détériorer, mais j’étais jeune et je pensais toujours à la France.

 

Automne 1941 : Embauché dans une petite ferme

L’automne, l’agriculture a manqué de bras pour ramasser les pommes de terre et les betteraves ; l’armée mobilisait de plus en plus. On demande des paysans et je quitte le camp avec un groupe. Nous parcourons une centaine de kilomètres. Le gardien nous fait descendre à la ville de Oklawe et nous sommes distribués chez des petits paysans, vieux ou handicapés. A deux, nous levons la récolte et au bout de quelques jours, nous changeons de ferme. Une semaine passée, nous sommes appelés au village voisin Olt-Beverdorf. Je suis embauché dans une ferme de 30 hectares avec une trentaine de vaches, plus un moulin et une boulangerie. Huit Français travaillaient au village, deux à la ferme, un Polonais au moulin et un Allemand pour la boulangerie. Le patron, Schmitz, chef des paysans de la contrée, travaillait en ville. Il avait deux garçons, un à l’armée, l’autre (13 ans) à l’école, et une fille en stage en ville. La boulangerie fournissait le pain aux villages d’alentour ; le cocher étant mobilisé, il a fallu le remplacer et 4 fois par semaine avec un vieil Allemand, j’allais apporter dans chaque village, 4 à 500 kg de pain dans un dépôt.

 

Hiver 41- 42 : Malade

La neige tombant en quantité pour 2 mois environ, il a fallu enlever les roues des remorques et les remplacer par des traîneaux que, sur la neige gelée, 2 chevaux traînaient sans peine ; ça glissait aussi bien que sur la route. Mais il faisait froid et l’estomac se détraquait.

A la fin de l’hiver, l’appétit s’en allait et je faiblissais. Le gardien m’a emmené au docteur à Oklawe, qui, après auscultation, dit au gardien. Celui-là ne vous échappera pas, il est faible. Il faut l’expédier au camp d’Hammerstein. Le gardien me conduit au camp. Là il y avait des médecins français prisonniers avec qui on pouvait s’expliquer. Le docteur allemand disposait. Quelques vitamines et 15 jours de repos. J’ai rencontré d’autres Français, fatigués comme moi ; chacun racontait de ses nouvelles, de la famille, de la France qu’on voudrait bien revoir, et on se remontait le moral pour le mieux. Mais la liberté nous paraissait loin. La vie au camp me dégoûtait, voir toujours des malades et rester enfermés dans les barbelés, gardés à la mitrailleuse. Un peu rétabli, je demande à repartir dans l’agriculture.

 

1942 - 43      Retour dans une autre petite ferme près de la Baltique

Un vieux soldat m’accompagne. A une cinquantaine de kilomètres, on descend à Zanow vers la Pologne, entre Stolps - Chenaid - Mûb - Gaslin, à 20 km de la Mer Baltique. 5 à 6 km à pied et nous arrivons à Belkow, un village, une dizaine de prisonniers français. Je vais rejoindre un autre Français dans une ferme de 30 hectares, remembrée. Le patron mobilisé, un beau-frère s’occupait de nous et les 2 fermes marchaient ensemble. Le patron, Mr Wexel, boîteux de la Guerre de 14, marié, une fille de 13 ans qui s’occupait des jeunes du village. Un travailleur russe et une bonne faisaient partie de la ferme. On trayait une trentaine de vaches. Le lait était ramassé chaque matin pour la laiterie.

2 couples de chevaux pour le travail, céréales, pommes de terre, betteraves pour les vaches et foin.

Lettre expédiée le 21 octobre 1942 du Stalag II-B – Hammerstein Poméranie

 

Dimanche 4 octobre 1942

Chère Maman et Tous,

Aujourd’hui je suis allé faire une promenade dans les environ, visiter : avec quelques copins d’autres commandos, car dans tous les villages il y a un commando d’une 20 ne de prisonniers français, Belges ou Russes ; à présent c’est presque rien que les étrangés qui travaille. L’Allemagne, les hommes sont tous mobilisés et il reste plus que des jeunes ou vieux : J’ai trouvé des français qui habite le Midi mais s’est rare que j’en rencontre de l’aveyron. je me demande ou ils se tiennent. J’en est juste vu 2 ou 3 de puis que je suis ici, pourtant j’ai changé de pays j’ai parcouru 300 km ; ils nous ont transféré de camp plusieur fois mais j’en rencontre pas beaucoup. y a na peut être pas beaucoup de prisonniers ; s’est à souhaiter car cette vie n’est pas bien interéssante ; ont se demande toujour quand sa finira. Moi j’ai fai plus-que ma part. Sa va faire bientôt 6 ans que je porte l’habit militaire et je saiderai bien ma place à un autre ; enfin je pense qu’il y a n’à plus pour bien longtemps car les Villes commence à la tirer.

Bien à Vous

Gabriel 

Une vie meilleure pendant les deux années 1942 et 43

Le patron était compréhensif ; pourvu que le travail se fasse, il nous laissait tranquilles. Les gens s’affranchissaient, devenaient plus familiers ; d’ailleurs pour eux, les Français étaient les plus civilisés. On comprenait qu’ils avaient besoin de nous. La politique envers les Français changeait. Aussi l’ordinaire s’améliorait, mieux soignés et mieux vus. Le soir, on allait coucher tous ensemble dans une salle. On discutait ensemble et chacun donnait les nouvelles de France si des lettres arrivaient. Le dimanche, on avait le droit de visiter d’autres Français, jusqu’à 20 km.

 

Lettre expédiée le 13 décembre 1942 du Stalag II-B- Hammerstein Poméranie

 

Dimanche 6 Décembre 1942

Chère Maman et Tous : Ces temps-ci les Nouvelles sont espacées, peut être les trains sont encombré pour d’autres boulo, depuis 3 semaines j’ai reçus juste une lettre, ces jours derniers j’ai reçus aussi le colis dont fait par le gouvernement Pétain ; un beau colis, ici ont est déjà dans la neige, ont casse du bois, et ont bat la récolte de moissons. Cet année y’a moins de grains que l’an passé le froid ou la neige et resté trop longtemps le printemps passé et sa la crevé, ils vont certainement diminuer la ration de Pain, mais sa nous gêne pas fort car il est pas bien appétissant ; içi les patate remplace le pain ; Nous voilla bientôt au 3ème Noél de captivité, mais nous espérons tout de même que la nouvelle Année nous délivrera. Au pays rien de Neuf tout le monde va bien Vous n’avais pas trop peur de la guerre, a présent que toute la France est occupée ; sa changera guerre pour vous car les troupes ne passe pas chez vous ; attendant vous lire de bonnes Nouvelles je termine en penssant à cette nouvelles année qui nous aménera, ont l’espère tous, la délivrance et le retour au plus vite près de vous ; bonne Santée et Meilleurs Vœux en vous embrassant tous bien fort

Gabriel

La Mer Baltique était à une vingtaine de kilomètres. Stettin - Dantzig : 100 km. Beaucoup d’usines de guerre. Aussi de temps en temps, les avions américains nous rendaient visite et bombardaient les villes. Voyant la tactique d’Hitler, les Américains sont rentrés en guerre et ont renfloué l’armée russe que les Allemands avaient décapitée. Ils ont envoyé beaucoup de matériel en Russie et remonté l’armée car ils avaient peur qu’Hitler domine l’Europe.

Lettre expédiée le 19 mars 1943 du Stalag II-B -  Hammerstein Poméranie

 

Bien Chère Maman et Toute la famille

Ces jours derniers j’ai reçus une lettre et une carte ainssi que des nouvelles d’Escabrins et Magrin ; je vois que Joseph n’est pas encore rentré, mais avec ses trois gosses il a beaucoup de chance ; pour moi je crois qu’il faudra attendre la fin : espérons que sa s’approche, cette année nous penssons qu’il  va y avoir du changement : Tu demande que je t’esplique ma situation : Depuis l’été dernier que j’ai changé chez un parent du patron dans se village qui lui partait soldat et il avait son prisonnier malade, je reste dans cette ferme depuis : c’est près de la Mer Baltique aux environ de « Stolp » Nous sommes 2 français seulement à travailler : il y a 30 hct de champs mais une partie est loué ; y a 3 chevaux et une 12 ne de brebis pour la laine, une 15 ne de vaches ; je tire en moyenne 12 à 15 litres de lait par vaches : une voiture passe chaque matin pour le lever dans le village ; ils en retire le beurre et après le fromage et c’est de même dans toute l’Allemagne : Nous fesons les patrons car y a point de femme ni d’enfant ; juste une sœur du patron qui est marié dans le village et nous fait le mangé et s’occupe des marchés ; L’hiver à été très dous ; on laboure pour ensemencer 6 hct d’avoine et autant d’orge et de blé : Mes Meilleurs embrassements

Gabriel

 

Carte postale « Correspondance des prisonniers de guerre » expédiée le 31 décembre 1943 du Stalag II-B Hammerstein Poméranie

 

Date : 27- 12 - 43

Chère Maman et tous : Nous voilà à la suite des fêtes de Noêl, le temps n’est pas trop mauvais. Noél est fété comme d’ordinaire : ont à tous reçus de nos patrons quelques étrénnes ! moi j’ai eu une chemise, 1 paire de gants et quelques gateaux, comme tous ; pour les manger ensembles au camp. Ce soir là ont à veillez un peu plus longtemps en parlant du pays et de vous tous ; espérant que cette future Année nous ramènera pour de bon et bientôt ? que ces vœux se renouvelles bien meilleurs et nous apportent simplement le retour. Bonne Année et bon espoir : Gabriel

 

1944      JUIN 1944

 

Passer le certificat d’études en Allemagne

Dans le commando, il y avait un professeur de Paris, prisonnier comme nous, très chic ; l’hiver, les veillées étaient longues. On s’embêtait ; il nous a dit que, si on voulait des livres d’école venus de France, on pouvait repasser ce que nous avions appris jeunes et, au cours des veillées, à quelques uns nous avons fait des devoirs. Six mois après, on est allé passer un concours à la ville et quelques uns, nous avons eu un diplôme qui nous valait le certificat d’études. La vie s’était améliorée depuis les débuts, on commençait à comprendre la langue et on pouvait discuter avec eux. N’empêche que le temps nous paraissait de plus en plus long et on se demandait quand on reverrait nos familles, la France.

 

Les alliés ont débarqué en France, les Russes arrivent…

A l’automne 44, se comptaient en Allemagne 8 millions de travailleurs étrangers - Russes, Polonais, Français, Italiens, Belges, Hollandais, Anglais, quelques Américains, Serbes, -…Avec leur discipline, l’Allemagne produisait toujours.

Les Américains venaient pilonner de plus en plus les villes et les démolissaient, mais les usines dans la terre tournaient toujours. Les mères et leurs enfants sont venus loger chez les paysans, les villages ont doublé, les rations de sucre et autres diminué. Chaque semaine, on annonçait des morts sur les fronts. Les Russes renfloués par les Américains ont repris le dessus et fait reculer les Allemands. Les gens anxieux et inquiets se demandaient comment ça allait tourner pour eux. On a appris que les Américains, les Anglais et les Français avaient débarqué en France. Tout ça leur compliquait la situation. On a rentré les récoltes car l’armée leur demandait des provisions. On se battait en Pologne. Les ordres sont arrivés pour aller faire des tranchées antichars 3m de large - 3 m de profondeur. Vers la frontière polonaise, des femmes, des vieux jusqu’à 70 ans étaient de la partie. La neige tombant, on a abandonné. Depuis le mois d’octobre, le courrier n’arrivait plus. On voyait que ça tirait vers la fin, mais cela allait-il se terminer avec ces Russes à moitié sauvages ?

 

Carte postale « Correspondance des prisonniers de guerre » expédiée le 19 décembre 1944 du Stalag II-B Hammerstein Poméranie

 

Date : 8 - 11 – 44

Chère Maman et Tous,

J’espère que vous avez reçu la réponse de votre lettre que j’ai attendue 4 mois environ  ;je suis content de vous savoir en bonne santée ; pour moi toujours à l’abrit pour l’instant. Nôtre 5ème  Noel, qui se trouve dans le 54ème mois de nt captivité un colis de la croix rouge nous est distribué à tous ; pensant que ce sera pour nous le dernier Noél, Nous esperons bientôt vous retrouver dans la paix le bonheur et la joie

Bien à Tous, Gabriel

Rentré chez lui, il ajoutera de sa main sur cette carte :

Mes dernières nouvelles, jusqu’au 28 juillet 1945 de retour à la maison.

1945      La peur des Russes

 

Janvier et février 45, les Russes ont repris l’offensive et refoulé les Allemands. L’hiver passait. Les habitants de Prusse Orientale - des charrettes pleines de femmes, enfants et vieux - fuyaient ; ils couchaient dans les granges. Beaucoup de vieux sont morts de froid. Ils fuyaient l’armée russe qui détruisait tout sur son passage. La Prusse était séparée de l’Allemagne par de grands lacs ; pour économiser des kilomètres, les Prussiens ont traversé ces lacs gelés et beaucoup se sont noyés. Avec la neige et la pluie, les routes encombrées se défonçaient, l’armée en était bloquée. Ils ont défendu d’évacuer et nous avons attendu l’armée russe. De temps en temps passaient des soldats allemands, mais dans les campagnes, c’était tranquille. Le canon s’entendait. En Pologne les Russes avançaient. On a vu les premiers avions russes nous rendre visite et nous bombarder. Ils venaient repérer le terrain et l’armée.

 

Les Russes sont là

Le 1er mars, ils viennent tirer quelques coups de mitrailleuse sur les toits des maisons et granges. Une grange s’allume. La libération approchait mais on était pas trop rassurés. Vers 11 h du matin, on aperçoit une compagnie de soldats, c’était bien des Russes. A l’entrée du village, ils l’entourent et, à 3 par 3, ils fouillent les maisons. Un restait sur la porte, l'autre faisait mettre tous les habitants dans la cuisine, un troisième fouillait toute la maison. S’il trouvait quelqu’un de camouflé, il le tuait.

Nous tous rassemblés, on a dit qu’on était des prisonniers français ; ils nous ont fouillés, enlevé nos couteaux, montres, bagues, souliers des pieds s’ils étaient bons. Ordre de se rassembler, tous les étrangers, sur la place du village à 2 h de l’après-midi. Les prisonniers russes et travailleurs civils ensemble, ensuite les Polonais, et les Français. Le capitaine et son ordonnance sont arrivés ; ils ont questionné en premier les civils ukrainiens que les Allemands avaient réquisitionnés pour le travail. Il les a menacés de son revolver en leur disant qu’ils étaient des traîtres, qu’il fallait se faire tuer plutôt que de suivre les Allemands, qu’ils étaient fautifs et qu’ils seraient punis.

Les prisonniers russes et polonais devaient être rééduqués dans l’armée et repartir en ligne, à la guerre. Quant à nous, Français, il a griffonné un papier, un laissez-passer, et nous a dit de partir en Russie ; des avions ou des bateaux viendraient nous chercher, mais nous avions des kilomètres à faire à pied, à nous de nous débrouiller.

 

Les soldats russes ont vadrouillé toute la nuit, cherchant les femmes. Mon patron, pour se faire bien voir des soldats, est allé chercher une liasse de billets qu’il a tendue à son prisonnier russe. Le caporal lui a partagé en deux les billets et les a jetés au feu en lui disant que leur monnaie ne valait plus rien. Il y a eu des règlements de compte ; le prisonnier qui avait été mal traité, partait avec un soldat et la mitraillette, et il descendait toute la famille et brûlait la ferme. Les villages sur la frontière ont beaucoup payé par les soldats qui se sont vengés de l’armée allemande et de ce qu‘elle leur avait fait subir en Russie. Quand tout homme fait sa police, c’est la fin de tout. On descend plus bas que la bête. D’ailleurs c’était des Mongols à moitié sauvages. Au bout de quelques jours, il y a eu plus de discipline ; on faisait travailler les prisonniers dans le ravitaillement.

 

Rentrer par la Russie… en traversant la Pologne

Après avoir récupéré quelques dentées pour faire la route, nous attelons les deux juments de notre patron, chargeons des couvertures, et tous les dix copains, nous partons vers la Pologne. A 7 km, le chef-lieu de canton Zanow, les maisons brûlaient, du sang sur la route. La veille, ils s’étaient battus, une vingtaine de tanks sur le bord de la route. Tous les blessés avaient été traînés sur la route et les tanks étaient passés dessus. Une flaque de sang et d’eau, il ne restait rien que la trace des habits. Nous passons vite car nous n’étions pas trop rassurés. A 4 km plus loin, on rencontre une 2ème colonne ; on nous arrête, ils prennent les chevaux et la charrette, nous fouillent à nouveau. S’apercevant que mes souliers étaient assez bons, un soldat me braque la mitraillette sur la poitrine et me fait comprendre que je dois les lui donner. J’ai beau dire que je suis Français, que l’officier avait dit de partir en Russie, il n’a rien voulu savoir. J’ai quitté mes souliers et les lui ai donnés. Un copain m’a donné une vieille paire, et nous partons, le sac sur le dos, sans rien dire car ils tiraient pour pas grand chose, - un Français, seul et blond, ressemblant à un Allemand, ils le descendaient -.

 

Longue et douloureuse traversée, à pied

Nous avons emprunté des petites routes pour ne pas être embêtés car des camions de ravitaillement, de munitions ou autres arrivaient sans cesse, de gros camions américains conduits par de jeunes femmes à 2 chauffeurs par camion. Bientôt nous sommes sur la frontière polonaise, des ruines partout, des morts car les Russes enterraient les leurs mais pas les Allemands. L’armée d’occupation les a fait enterrer aux Allemands, dix à quinze jours après.

 

Cet hiver là n’a pas été trop mauvais, peu de neige heureusement et de froid. Chaque jour, nous parcourions une quarantaine de kilomètres. Bientôt s’est formée une colonne, mais les dix copains, nous faisions bande ensemble. Les réserves épuisées, il fallait se débrouiller, et le soir venu on rentre dans une maison pour voir si on pouvait avoir quelques pommes de terre ou autres. En fouillant dans les chambres, deux femmes tuées sur les lits, à la cave, un vieux mort à côté des pommes de terre… Avec le copain, on en prend, on les épluche et nous faisons de la soupe, mangeons dans la cuisine et dormons avec les morts. Depuis quelques jours, on était habitués.

Le matin, nous continuons la route emportant quelques pommes cuites avec nous. En route, nous repérions quelques animaux dans les bois que les paysans avaient laissé échapper, - génisses, cochons, maigres, que les os - ; on les attrapait, les dépeçait et nous faisions de la soupe avec, un morceau de pain noir, en mendiant aux Polonais, dans la misère comme nous. Après 3 ans de guerre, ils n’avaient plus rien.

Arrivés à la ville de Bydgoszcz, un convoi de camions à l’arrêt, conduits par des femmes soldats russes. A un mètre devant moi sur le trottoir, une soldate sort d’un appartement avec un Allemand en tenue camouflée, elle l’abat avec le revolver deux mètres plus loin. Le soir à nouveau on repère une maison à l’écart pour ne pas être embêtés et se reposer ; en allant puiser de l’eau au puits, un brin de neige, je cogne dans un type mort, je fais le plein et nous continuons.

Les chevaux de l’armée tombaient d’épuisement, les civils tout comme nous les dépeçaient. Nous passons à Bromberg et filons sur Lodz, plus d’un million d’habitants à l’est de la Pologne, soi-disant que dans les grandes villes, le ravitaillement reprenait. Là, dans les écoles, ils nous ont ravitaillés 8 jours. Le dimanche, c’était Pâques, la cathédrale à côté, nous avons assisté à la messe, on était autant dehors que dedans. Et nous continuons sur Varsovie. Le pays semblait pauvre - chemins de terre, des granges et maisons recouvertes de roseaux ou de chaume-.

 

Arrivée à Varsovie

Le 6 avril 45, arrivée à Varsovie, toujours des ruines, des maisons détruites, brûlées, des quartiers entiers dévastés. Le château d’eau qui servait aux locos à faire le plein est rasé. Les locos faisaient le plein à la Vistule, fleuve qui passe à Varsovie, avec des tuyaux ; la plaque tournante n’existant plus, les locos y allaient à reculons. On fouillait dans les jardins pour récupérer quelques racines, plus d’eau potable, les gens habitaient dans les caves. Une semaine passée, un train russe s’arrête et nous distribue du blé concassé. On le faisait bouillir et nous patientons. La vie n’était pas rose, mais nous avions reconduis une partie de liberté.

 

Vers la Russie en train

Encore 8 jours, un deuxième train venant ravitailler l’armée, s’arrête. Ordre de monter à 2000. Nous voilà partis vers la Russie ; sur la frontière russe à Lublin, des carcasses de matériel - canons, tracteurs, camions éparpillés -. On devinait les bagarres qu’il y avait eues.

Luk-Rovno : un marché, les paysans venaient vendre des denrées, petits pois noirs farcis de haricots, pommes de terres - de belles pleines -, mais pauvres masures, chemins de terre, routes espacées. Vu la neige, l’hiver, les transports beaucoup par train.

Jitormir : on commençait à reconstruire de petites maisons entre voisins.

Chepetowka et on descend à quelques kilomètres de Kiev, capitale de l’Ukraine.

 

Kiev, capitale de l’Ukraine

De grandes casernes, avec enseigne sur une grande pierre en haut ! La faucille et le marteau, bombardées, sans carreaux, portes cassées. La nuit on gelait , sans couvertures, on chahutait entre nous pour se réchauffer. On était une quinzaine de mille. Deux fois par jour, on mangeait de la soupe de maïs ou de blé concassé. Les gosses des alentours venaient manger le reste, c’était aussi la misère. En dernier, les Américains envoyaient des barriques de jambonneaux qu’on stockait dans des caves en terre pour le froid l'hiver. On pouvait se promener dans les environs, mais pas dans les bois car il y avait des soldats qui avaient quitté l’armée et qui se camouflaient. Ils étaient déserteurs et condamnés. Ils avaient droit à rien. La nuit, ils sortaient pour piller linge et légumes.

La nature en retard de chez nous - de grosses fermes, des troupeaux de vaches, de petits chevaux pour travailler, de vieux outils -. Les vieux et les femmes y travaillaient, mais sans intéressement ; l’argent n’existe pas. On les payait avec des tickets qui donnaient droit à acheter pain, légumes et autres habits ; mais il restait juste du pain noir, du sel,… Pas d’habits (terminés), les poches pleines de tickets qui ne servaient à rien. Les jeunes marchaient pieds nus, les vieux se faisaient des sandales en osier.

 

Un beau jour, j’ai rencontré un classard, Burguière de Jumels, près de Laissac, ainsi que le Père Lavabre, curé des Quatre Saisons, qui était parmi eux. Ils s’étaient évadés deux fois ; la deuxième fois, ils les ont envoyés dans un camp disciplinaire à Rawa-Ruska. Couchés dans les écuries, l’hiver très froid  - 30 ° en Pologne, mal nourris et travail dans des carrières, la neige. Burguière avait pris mal, aussi ça fait quelques années qu’il est mort. J’ai vu des jeunes de l’Aveyron que les Allemands avaient recrutés pour travailler.

Une fois par semaine, il y avait le marché. Les paysans venaient vendre des denrées car, en ville, ils crevaient de faim. Un jour de marché, un avion est tombé à 100 mètres. Aussitôt la police a bouclé le quartier ; impossible de voir les dégâts.

Il y avait des gens braves comme partout qui demandaient la fin de la guerre comme nous, car on était mal renseignés. On se demandait quand les Français viendraient nous chercher car depuis 6 ans, on n’avait pas vu la famille, la France. On voyait passer des trains entiers de matériel agricole ou des usines que l’armée d’occupation démantelait en Allemagne et expédiait en Russie. Les églises servaient de dépôts de grain ou autres.

Nous avions appris que la guerre était finie, mais rien pour notre retour.

 

La guerre est finie. Et notre retour ?

Au mois de juin, un groupe de militaires sont venus nous faire du cinéma à Kiev pour se gonfler et faire de la propagande. Ils faisaient voir ce qu’ils avaient de plus beau pour remonter le moral des civils - ils allaient faire des routes, placer l’électricité, améliorer la vie des gens - . Ils étaient contents car ils n’avaient pas vu notre vie d’occident. dans les campagnes reculées, les voitures et les vélos n’existaient pas.

 

 

Juin 1945

LE RETOUR

 

En train de Kiev à Magdebourg en Allemagne

Fin juin, le bruit court que le retour allait venir. La confiance n’était pas grande envers eux. Enfin , à deux mille, ils nous disent de nous préparer et nous partons à la gare. Le train complet, il démarre. On quitte le pays sans regret. Le train repart vers la Pologne, sauf qu’on se dirige vers le sud : Rodon – Krakow – Katowice – Bytom – Breslau – au sud de la Pologne, ville de 200 000 habitants complètement détruite ; tous les cabanons des jardins habités par des femmes et des enfants. Le train allait doucement car souvent les rails reposaient sur des planches. Route faisant, nous revoyons bientôt les ruines de la région d’Allemagne que nous connaissions. Les Russes nous ont conduits jusqu’à Magdebourg près de Berlin, camp anglo-américain. Là nous étions plus rassurés et nous avons quitté la compagnie des Russes sans regret.

Les Américains nous ont restaurés, une douche… Cela faisait 4 mois qu’on ne s’était pas déshabillés. Changés les habits, les chaussures. Une semaine et nous repartons vers la Hollande. Des Français trop contents étaient montés sur le toit des wagons ; des câbles tendus au-dessus les ont jetés par terre. Il y a eu des tués. Bien triste aux dernières heures de revoir la France.

 

La Hollande, la Belgique, la France

Braunschweig - Dortmund - Buisbourg, Hollande -  avec un arrêt dans un château. 48 h bien reposés.

Liège, Belgique - Charleville-Mézières - la France retrouvée. La municipalité nous a offert un bon souper avec du vin. Aussi on a chanté.

 

Paris

Le lendemain, Paris - Il fallait passer les visites médicales et nous orienter chacun dans sa région pour le billet du train. Le troisième jour libre, pour saluer de la famille s’il y en avait. Moi, je me suis rendu dans le 5ème, rue Claude Bernard où des cousins Fabre logeaient. J’ai demandé à la concierge de leurs nouvelles. Elle m’a dit qu’ils étaient toujours là, que la dame à cette heure devait faire des provisions à l’épicerie. Je m’y rends et la repère. On se rencontre et elle me reconnaît. Nous repartons à l’appartement et causons : Alban toujours dans les wagons postaux, les enfants en vacances à Séverac l’Eglise. Le soir, Alban est rentré du boulot et nous dînons ensemble. Moi, il me fallait rejoindre la caserne pour terminer mon long voyage. En se disant au revoir, la cousine me glisse 2 billets de mille francs dans la poche et bien content, je suis parti avec un au revoir au pays.

 

Départ pour l’Aveyron

Le lendemain, on nous donne à chacun son billet de train pour se rendre chez nous et fiers, nous embarquons. En chemin, quelques autres de l’Aveyron. Arrivés le matin à Rodez à la gare, un soldat nous prie de nous rendre à l’hôtel dans un immeuble en haut de la rue Béteille pour nous faire démobiliser et toucher les tickets donnant droit à l’achat de pain, viande, nourriture, habits et autres.

 

28 juillet 1945  : le plus beau jour de ma vie

 

Le soir à 5 h avec le car, je me rendais à St-Julien et je retrouvais mon village et ma famille que je n’avais pas revue depuis Noël 39 et sans nouvelles depuis octobre 44 :

C’était le 28 juillet 1945 dans ma trentième année.

Le plus beau jour de ma vie !

Grâce à l’espoir que j’avais toujours gardé !

 

30 mois de régiment, 9 mois de guerre et 62 mois de captivité : 9 années s’étaient écoulées pour moi et ma jeunesse, passées sous les ordres de l’armée française, allemande et russe.

J’ai retrouvé ma mère vieillie, fatiguée, épuisée de soucis qui m’attendait depuis longtemps. Ma sœur Angèle qui la secondait – mes frères ayant quitté la maison.

Pour nous, prisonniers, le courage y était. «  La liberté retrouvée, ce qu’il y a de plus beau dans la vie », pour le reste tout s’arrangerait.

 

La vie était encore sombre. L’argent manquait. Le travail au ralenti, les gens méfiants,. On se sentait étranger à la vie.  Le marché noir existait encore.

On se sentait étranger à la vie. On se retrouvait tous ensemble avec la vie changée : les anciens avaient disparu, morts ; les autres au travail pensant « chacun pour soi » Les jeunes avaient grandi, les plus jeunes ne me connaissaient pas et moi non plus.

La vie ne paraissait pas rose, on manquait de tout. La guerre avait ruiné le pays. Tout doucement la vie normale est revenue à son ordinaire

Pour nous, prisonniers, le courage y était. «  La liberté retrouvée, ce qu’il y a de plus beau dans la vie », pour le reste tout s’arrangerait.

Réflexions :

Nul ne se connaît tant qu’il n’a pas souffert ; l’homme est un apprenti, la douleur est son maître.

La vie que nous avons à vivre est un combat que nous devons mener avec sagesse.

La joie est indispensable à la vie. Quand il n’y a plus de joie, il n’y a plus de vie. Soyons toujours par nos actes porteurs de joie et donc porteurs de vie.

Si nous, prisonniers, avons vécu quelques années de misère, je pardonne espérant que ça servira pour la Paix et un avenir meilleur pour nos jeunes.

 

 

Lettre à mes enfants :

 

Chers enfants,

 

Ce petit brouillon, petits enfants, c’est pour vous rappeler ces tristes années de guerre et de captivité que j’ai vécues en pleine jeunesse et que la mémoire n’effacera jamais.

 

Tombés dans l’esclavage, pour nous Français, c’est la fin de tout, la personne ne compte plus, rien que le numéro « 98836 ».

 

Soyez vigilants, mes enfants, des buveurs de sang il y en aura encore pour faire revivre ces sombres périodes de misère.

 

Conservez la Paix, c’est primordial pour la France, nos villages, la famille.

 

Gabriel Rieucau

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