STALAG IIB   HAMMERSTEIN,   CZARNE en POLOGNE

CAMP de PRISONNIERS de GUERRE 1939-1945 en POMERANIE

 

MEMOIRES DE L'ADJUDANT  BAERT

 

 

 

 

 

 

HAMMERSTEIN XII

 

19 heures - " Antreten ", appel du soir. Le grouillement de tous les soirs. Par baraque et par rangées de cinq, nous attendons le " Feldwebel Jules " qui viendra compter ses clients.

Il est convenu que lors du recensement deux prisonniers d'une baraque déjà contrôlée prendront la place des deux absents. Cette opération n'est pourtant pas si simple car entre les différents groupes il y a une espace d'environ cinq mètres, en plus, dans ces couloirs se promène une sentinelle.

A la fin du recensement de la baraque, " Jules " compte deux hommes trop peu. Il s'adresse au chef de baraque qui, d'une tête la plus innocente lui répond : "Impossible, vous n'avez pas bien compté ". "Jules" se fâche, " Wass? Donnerwetter, nicht gut gezählt ? "

A ce moment un mouvement se produit dans les rangées de la baraque voisine. "Jules" et la sentinelle s’y précipitent, deux hommes se sont évanouis, rien d'extraordinaire car cela se passe assez couramment. Des copains soulèvent les malades pour les porter dans la baraque.

Pendant la confusion de ces quelques moments, le tour a été joué. Deux hommes se sont glissés dans les rangs de la baraque 20, et sûr de son affaire le chef de baraque accompagné de "Jules" recommence le recensement. Le résultat est affirmatif, " Jules " s'était trompé (!). Quand nous rentrons dans la baraque les deux malades exécutent une belle danse de joie.

"L'entrepreneur" et son assistant ont bel et bien disparu, Ils auront passés la frontière Lituanienne avant que les allemands n’aient eu l'occasion d'organiser la chasse.

Des " volontaires " se présentent pour décharger des wagons de marchandises à la gare d'Hammerstein, dans l'espoir de trouver l'occasion de se laisser enfermer dans les wagons et d'arriver ainsi "quelque part". Au début quelques uns réussissent par ce moyen à s'éloigner de centaines de kilomètres du Stalag IIB.

Les tentatives d'évasion du camp et des " Kommandos " se multiplient jusqu'au moment de la guerre entre l'Allemagne et la Russie. Après le mois de juin 1941 elles diminuent fortement car les chances pour atteindre l'Ouest, à travers toute l'Allemagne, sont minimes.

Les Allemands organisent le camp de Rawa-Ruska en Pologne comme lieu de représailles pour les évadés repris. Le sort agit parfois d'une façon tragique. Deux sous-officiers belges, S… de la DTCA et L... aviateur ont réussi avec la collaboration du médecin belge de se faire inscrire sur la liste des "transports". Finalement ils ont réussi, quelle joie, quelle anxieuse attente, quel espoir! Il ne reste plus qu’à attendre un train pour les malades. Après un mois d'attente ils deviennent nerveux, et pas de bon « canard » pour brimer leur impatience. Au bout du second mois l'espérance est devenue un supplice intenable qui finalement se transforme en un désespoir profond. Ils préparent une évasion. Malgré, les conseils des camarades de patienter, eux au moins ils voient  pointer la libération dans un avenir proche, il n’y a rien à faire. Un beau matin ils sont disparus.

A peine vingt quatre heures après, on annonce au Stalag l'arrivée d'un train pour les malades. Par les opérations de rapatriement leur disparition est constatée, ils voyagent quelque part en Allemagne. Que Dieu les protège.

Hélas ! Quelques semaines plus tard nous apprenons qu’ils ont été repris dans les environs de Munster, pas tellement loin de la frontière de l'Ouest, S... a été admis dans un hôpital et L... fera le chemin de retour, au delà du Stalag IIB, vers Rawa-Ruska en Pologne.

Depuis notre retour de Kommando les canards ne cessent de planer sur le camp. Tantôt une nouvelle soi-disant "officielle", tantôt des " on dit ". On parle même de plusieurs convois pour les Belges. Chacun nourrit l'espoir pour son compte.

Le 13 décembre il y a un train pour des prisonniers flamands. Depuis le 11 au matin le triage commence. La commission, en réalité un seul belge indigne de ce nom, siège dans la " Kartei ", assistée par une clique de traites, protégée par les baïonnettes Allemandes. Le crapuleux fait défiler les belges devant lui et décide sur leur appartenance au groupe de flamands ou de Wallons. Plusieurs militaires de carrière tentent leur chance mais les renégats derrière la table n'ont, bien entendu, aucune difficulté à les reconnaître. Chaque fois qu'un de nous se présente nous les voyons pencher la tête vers leur "chef" en lui soufflant quelques mots à l'oreille. Le résultat ne se fait attendre, l'intéressé sera jeté dehors par les sentinelles Allemandes.

Seulement quelques uns, inscrits comme "réservistes" dès le début, ne seront plus inquiétés. Encore un petit nombre réussira à acheter leur place sur la liste des partants, après le départ de la commission.

Ceux qui figurent d'office sur la liste sont les Judas qui ont trahi leurs collègues.

Environ 2000 heureux quittent le Stalag IIB le 13 décembre, encore autant restent derrière les barbelés. Et sans cesse des canards succèdent à d'autres.

Le mercredi 12 février 1941 un dernier convoi de 570 prisonniers belges sera rapatrié, les derniers.

Quant à nous, nous sommes fixés, ou tout au moins nous devrions l'être. Nous viderons le fond amer du calice.

Depuis les départs du 13 décembre, les allemands ont décrétés un véritable régime de famine au Stalag. Les rations ont diminué de moitié et ne suffisent plus à tenir en vie un homme normal. Heureusement pour nous qu'à cette époque précisément les colis qui nous sont envoyés de Belgique arrivent assez régulièrement. De ce fait une grande partie des prisonniers parvient à manger à sa faim une fois à peu près tous les 15 jours. Nous vivons dans une atmosphère de " chasse à la nourriture " par n'importe quel moyen et pour n'importe quelle nourriture. Tout ce que nous possédons se dirige tôt ou tard vers le marché au Puces. Même cette source considérée comme inépuisable donne des signes d'affaiblissement. Comment cela se terminera-t-il ?

Les résidus des choux blancs destinés à la soupe, les bouts des carottes et les épluchures des pommes de terre n’arrivent plus jusqu'aux poubelles. Seulement deux fois par jour nous recevons un petit rien à manger. Les sentinelles autour de la cuisine sont doublées.

Cette campagne de famine doit nous forcer à quitter le Stalag pour aller travailler dans des Kommandos. Entre temps il y a des victimes, des copains qui n'ont plus la force de résister aux attaques des maladies des affaiblis et minés cèdent, et personne ou rien pour les aider.

Le 17 décembre " Bouboule " s'amène dans la baraque. On demande une dizaine d'hommes pour aller couper des branches de bouleau dans le bois, pour en faire des balais. Comme ce travail doit finalement nous permettre à nous même de nettoyer nos baraques, nous n'hésitons pas à former une équipe. Deux de mes trois copains du premier Kommando, Jef et Pol font partie de la bande ( Gust avait réussi à se faire rapatrier le 13 décembre ). L'équipe des " Besenstraucharbeiter " comme les Allemands nous appellent, se complète par nos amis Robert, Oscar, " De Witte " et autres.

"Bouboule" note les numéros, car ne l'oubliez pas nous sommes des anonymes, et nous partirons pour la première fois, demain matin à 7 heures 30. Mous travaillerons jusque midi pour rentrer au camp ensuite.

Nous mettons sur le corps tout ce que nous possédons d’habillement et à l'heure prévue nous nous mettons en route pour la " Kartei ". Ici " Bouboule " nous attend pour la distribution du matériel, des scies, couteaux, hache, du fil etc.

Au corps de garde une sentinelle nous attend et nous voilà parti pour la première sortie.

 

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