STALAG IIB   HAMMERSTEIN,   CZARNE en POLOGNE

CAMP de PRISONNIERS de GUERRE 1939-1945 en POMERANIE

 

MEMOIRES DE L'ADJUDANT  BAERT

 

 

 

 

 

 

HAMMERSTEIN XIX

 

Kommando 922 - Zamborst " Antreten ". Encore 4 copains sont désignés pour la même destination. Ainsi nous sommes à 10 Belges pour entamer ce voyage. Noter les numéros, fouilles, et autres "formalités" nous retiennent encore un certain temps, et puis, une fois de plus, la sinistre porte s'ouvre. Tout comme il y a huit mois d'ici un wagon " bestiaux " nous transportera vers l'inconnu. A tous les trains voyageurs sont accrochés quelques spécimens de ces wagons, le moyen de transport idéal pour les prisonniers.

NEUSTETTIN, nous mettons pieds à terre pour changer de train - direction JASTROW. Ce que nous tenions comme impossible se réalise car nous devons prendre place dans un wagon ordinaire. Entassés dans un coin et solidement gardés, en passant par Ratzebuhr et quelques autres communes, nous sommes en route pour Jastrow. Cette petite ville est située sur le croisement des routes et chemins de fer et vers Schneidemuhl, Flederborn et Tempelburg.

Nous changeons de train une fois de plus pour monter dans celui qui nous déposera à Zamborst, la première gare sur la ligne Jastrow-Tempelburg.

Ce patelin est situé à environ 40 Km Sud-Ouest de Neustettin et à 7 Km de Jastrow.

Zamborst ressemble à une tête d'épingle dans ces immenses champs de la plaine Poméranienne.

Immédiatement à la descente du train nous nous demandons si nous sommes bien à destination car à part le bâtiment de la gare aucune autre habitation n'est en vue. Cette gare semble désespérément perdue dans les champs, d'ailleurs le chemin de fer à voie unique ne prend qu'un minimum de place.

Le terrain, plat pour la plus grande partie, présente ici et là des petites vallées assez profondes. Dans la plus grande de ces vallées est situé Zamborst, quasi invisible à une distance de plus de 200 mètres et distancée de la gare d'une bonne dizaine de minutes.

Une petite chaussée de troisième catégorie nous conduit jusqu'à l'entrée d'une grande ferme. Le "Rittergut Finck" se situe au bord de la vallée et devant son entrée la route se coupe en patte d'oie dont la partie gauche disparaît directement dans la vallée tandis que celle de droite longe la vallée sur une distance d'environ 500 mètres pour la traverser en suite afin de rejoindre la première route sur l'autre pente de la vallée. Ainsi le réseau routier se limite à une route en forme ogivale, contre laquelle les fermes, grandes et petites, s'appuient.

La petite rivière du fond de la vallée, divise le patelin en deux parties.

A gauche de la ferme Finck et dans le fond de la vallée se trouve la " Brennerei ", l'installation où l'on tire de l'alcool des betteraves sucrières et des pommes de terre.

En Poméranie chaque patelin qui se respecte possède d'ailleurs sa " Brennerei ".

A gauche de cette installation le flanc de la vallée est particulièrement fertile. On y trouve tous genres de buissons et d'arbustes. Sur ce flanc et à une petite distance nous trouvons quelques petites maisons d'ouvriers de la ferme, qui sont situées à la limite du patelin car derrière elles commence une immense Forêt appelée : " Buchenwald ". En face de ces maisons mais sur l'autre flanc, une seconde grande ferme, appelée " Kadow " d'après le nom du propriétaire.

Ces deux fermes dominent en quelque sorte le patelin et ses champs environnants car les quatre cinquièmes des bois, des terrains, et mêmes des habitations du lieu leur appartiennent. A " Finck " travaillent déjà 22 prisonniers français, à " Kadow " 10.

Le " Schloss " comme les indigènes appellent le " Rittergut ", est un bâtiment fort imposant pour la contrée. Il compte 36 fenêtres de face, une vestibule au milieu et une entrée large au dessus d'une rangée de marches qui descendent vers un chemin en gravier contournant une petite pelouse.

A gauche du château, caché derrière une haie, se trouve un petit bâtiment, l'ancienne buanderie, qui héberge les 20 Français. Pour l'occasion il est entouré d'une clôture en fil de fer barbelé, haute de 3 mètres, et ses petites fenêtres sont garnies de barreaux en fer.

A droite du Château et une vingtaine de mètres vers l'avant se trouve un autre petit bâtiment dont une moitié était l'ancienne habitation du jardinier, dorénavant le "logement" des Belges. L'autre moitié sert d'abri à la volaille de la basse-cour. A la bordure des 3 autres côtés de la cour se trouvent de très grands bâtiments, l'un servant d'étables et écuries pour les vaches et les chevaux, l'autre étant réservé aux cochons, veaux, moutons et autres petites bêtes. Face au Château, des granges immenses, et hangars pour l'outillage.

Dans ces grandes constructions on trouve des ateliers tels que la forge, la charronnerie, la meunerie et autres. Une sortie donne sur la route du patelin et une autre sur celle de la gare.

Notre nouveau " Palais ", appelé par nous " la piaule " comprend une petite chambrette à chaque côté du corridor, celle de gauche étant destinée à la sentinelle tandis que celle de droite servira de cuisine pour nous. A la fin du corridor se situe la vraie "piaule" d'environ 7 mètres sur 3 et garnie de 5 bacs de couchage, superposés, ainsi que de 2 bancs et une longue table très étroite, placée sous les 2 petites fenêtres.

Notre impression à l'arrivée dans cette " Chambre " est plus tôt triste, pourtant nous ne sommes pas des gâtés! Petit, trop petit, sombre et humide, d'un plafond tellement bas que ceux qui dorment au second étage des bacs ne sauront jamais se redresser sur le sac à paille.

Robert, le plus âgé de notre groupe fera le cuistot. Dans la cuisine il ne dispose que d’une feu et deux casserole, ce qui ne l'empêchera pas de se débrouiller magistralement après quelques jours de "mise en train".

Qui mieux que nos amis Français pourraient nous renseigner sur les habitudes et les moeurs des indigènes. C'est ainsi que nous apprenons que la ferme est gérée par un " Inspecteur " qui d'ailleurs a la surveillance également de la ferme " Kadow ".

La famille Finck se compose de la " Gfnädige Frau " une veuve de 70 ans, et sa soeur, qui toutes deux habitent le Château, un fils est officier à l'Armée et un second habite une ferme quelque part en Poméranie.

Un prisonnier doit journellement réceptionner à la cuisine du Château les rations de pain et de marmelade pour toute la communauté. Le cuisinier peut, lui-même, enlever les pommes de terre du silo. Des légumes il en recevra du jardinier qui n'est autre qu'un prisonnier Français.

Tous les jours des pommes de terre, et en quantité !!! L'eau nous vient dans la bouche.

Une fois par semaine généralement le dimanche nous recevrons une ration de viande.

Le traitement est comme partout ailleurs, brutal, sans pour cela être insupportable.

Le travail commence à 7 H du matin, une heure et demie d1interruption à midi, pour terminer à 19:30 H en été, et à la tombée de la nuit pendant la période hivernale.

Les civils Allemands qui travaillent à la ferme, incluses les femmes et les filles, sont des vrais Prussiens, à de rares exceptions près.

Au cours de cette première soirée nous recevons la visite du " Herr Inspektor " qui désire connaître l'homme de confiance des Belges. Mes copains insistent pour que je continue à être leur porte-parole, d'ailleurs estiment-ils, vous avez déjà un entraînement dans ce jeu.

Nous organisons notre " piaule " tant "bien que mal. Médor, notre sentinelle, appelée ainsi pour sa mine féroce et ses expressions Prussiennes, ne nous quitte pas d'une semelle. Il assiste à l'installation et il veut manifestement savoir à quel genre de " bétail " il a à faire.

Les Français ont baptisé leur sentinelle du nom de " Pèlerin " suite au nombre respectable de kilomètres qu'il parcourt en exécution de son service de surveillance.

Les champs des deux fermes " Finck " et " Kadow " sont exploités en commun par l'ensemble du personnel, sous la direction de " l’inspektor ".

 

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