STALAG IIB   HAMMERSTEIN,   CZARNE en POLOGNE

CAMP de PRISONNIERS de GUERRE 1939-1945 en POMERANIE

 

MEMOIRES DE L'ADJUDANT  BAERT

 

 

 

 

 

 

HAMMERSTEIN XVIII

 

Le mois de juin 1941 au Stalag IIB se caractérise par une brutalité inouïe de la part des Allemands. Tous les moyens semblent bons pour nous envoyer jusque au dernier homme en Kommando. Les rations diminuent et nous nous cachons presque en permanence. Seul quand il est absolument nécessaire nous nous montrons encore dans notre baraque car plusieurs fois par jour les patrouilles font des "razzias". Accompagnées de chiens, elles menacent et plus encore, elles distribuent des coups de crosse sans cesse.

Nous apprenons le déclenchement de la guerre entre l'Allemagne et la Russie. Cette nouvelle ne nous surprend pas tellement. Depuis des semaines nous suivons de loin ces transports de matériels vers l'Est. En effet, à quelques 200 mètres en dehors du camp passe la ligne de chemin de fer de Neustettin à Konitz et pratiquement sans arrêt les convois de chars et d'artillerie se suivent en direction de Konitz.

Les 18, 19 et 20 juin, nous assistons au passage de centaines d'avions et planeurs en direction de l'Est. La nuit nous entendons le bruit de colonnes motorisées traversant les parages d'Hammerstein.

Nous ne tardons pas à constater que les Allemands ne sont pas tous enthousiastes au sujet de cette "nouvelle guerre" qu'on leur présente. Sans doute y en a t il parmi eux qui ont lu l'histoire de Napoléon.

Maintenant nous sommes traqués d'une brutalité inconnue.

" Il faut avoir compris depuis longtemps que la belle civilisation Européenne est en danger. Comment est-il possible de ne pas aider l'Allemagne, de la laisser combattre toute seule pour sauver l’Europe ", nous dit le Commandant du Camp dans un discours.

Mais oui, que voulez-vous, avec nous il n'y a rien à faire, nous sommes des têtus, des ... pro Anglais, des mauvais Européens, d'ailleurs nous ne partagerons pas dans les récompenses plus tard quand l'Armée Allemande rentrera victorieusement. En Belgique, oui là, il y a des gens qui comprennent la situation et qui collaborant avec l'Allemagne, mais nous ...nous ne sommes que des fainéants, juste bon pour manger et pour dormir, comment est-il possible !

Des dizaines de Belges partent en kommando. A peine en restent-ils environ 200 au Stalag, ceux qui ont réussi à se procurer un emploi stable comme par exemple à la cuisine, à la Poste ou dans les magasins.

Le " Bestentrauchkommando " ne se sent plus en sécurité non plus, l'emploi n'étant pas d'une grande importance.

Le 25 juin Bouboule remet la liste avec nos numéros au Service de Santé du camp car tous les "travailleurs de kommando" doivent d'abord passer une visite médicale qui les déclarera "apte au travail".

 

Nous savons très bien que ce semblant de visite ne change en rien la situation car celui qui dispose de ses deux bras et de ses deux jambes ira au travail, qu'il soit fort ou faible, grand ou petit. L'inévitable se produit le 26 juin lorsque nous nous présentons à 07:00 heures du matin pour le départ vers le bois. La grille reste fermée et nous devons nous présenter à 11:00 heures à l'infirmerie. D'autres horizons s'ouvrent, la vie au Stalag touche à sa fin.

Les 7 survivants du " Bestenstrauchkommando ", car 3 copains nous ont quittés les dernières semaines suite à des maladies, attendent en compagnie d'une dizaine d'autres, devant la porte du médecin ». Nous savons bien ce qui nous attend, chacun de nous sera inscrit comme " arbeitsfähig " ou " bon pour le travail ", néanmoins nous tenterons notre chance, nous essayerons d'en échapper, ne fut-ce que pour leur donner du travail. Les copains qui sortent un par un ont tous entendu le " Bon pour le boulot ".

Et nous ...Robert a le spleen, Oscar est bronchiteux, le Witte a une hernie, ce qui est d'ailleurs la vérité, et chacun se trouve une affection qu’il défendra le plus longtemps possible. " Numéro 92959 ", déshabillé je me trouve devant le médecin, derrière moi, sur une rangée, mes 6 camarades, pendant que le docteur Allemand discute avec le médecin Belge.

-      " Vous vous déclarez inapte au travail "?

-      " Oui ".

-      " Comment, et pourquoi " ?

-      " Suite à un accident d'auto pendant la mobilisation en 1939 "

     Poitrine enfoncée, blessures internes, etc ".

-    " Approchez ".

Le médecin allemand m'examine et après quelques secondes j'entends qu'il dit : " Ich höre nichts" - "Je n'entends rien". Il se relève, me regarde et déclare devant le médecin belge : "Je ne trouve rien d'anormal à son corps". Le docteur belge fait tout son possible pour faire admettre que réellement je ne suis pas dans un état d’être mis au travail forcé, finalement l'Allemand marque sur la liste derrière mon numéro " Leichtarbeiter ". Il estime qu'il a perdu pas mal de temps avec moi car pour mes copains, et sans doute un peu pour contenter le médecin belge, il classe les autres camarades dans la même catégorie, sauf notre ami Jef, tellement dégoûté de cette comédie, qui déclare devant les deux médecins tout étonnés : " Moi, je n'ai rien, je suis en parfaite santé " ! Il est classé comme " Schwerarbeiter ". En réalité il n’y a qu'une différence théorique entre les deux catégories.

Nous ne tarderons pas à connaître notre destination. Le lendemain nous arrive le billet maudit : Ceux du " Bestenstrauchkommando " partiront pour le kommando 922 à Zamborst, Kreis Neustettin. A nos grands regrets nous constatons que notre ami Jef devra partir seul pour un kommando à Kratzin près de Stolp. Un bon camarade qui nous quitte, dommage.

Mon journal de campagne. Une dernière fois je le prends en mains pour lui confier mes impressions. Une dernière fois, car tantôt il disparaîtra dans sa cachette, attendant le grand jour et le grand voyage.

" Tu vas disparaître, mon ami fidèle, disparaître sans laisser des traces, jusqu'au moment où tu seras arrivé en Belgique, et là tu seras libre. Tu sais ce que cela veut dire : être libre ? Tu t'imagines que tu pourras te reposer sur une table, en pleine lumière, ou dans une bibliothèque, et être lu et relu. On ne t’arrachera plus brutalement de ton repos pour vite te cacher en des endroits impossibles. On ne t'ouvrira plus dans un coin sombre pour marquer quelques mots sur une de tes feuilles et tu ne seras plus obligé de séjourner plusieurs jours dans le fond d'une culotte comme tu viens de le faire les derniers temps. On te caressera, mon ami, en te lisant avec une attention tendue et ...on recommencera à te lire une seconde fois. Tu leurs diras fidèlement ce qui se passe ici, je sais que tu le feras, ne cache rien, tu feras vaincre la vérité. Dis surtout, à celle qui te prendra en mains, que nous tiendrons bon, que nous ne céderons jamais. Dis qu'elle tienne courage et qu'elle garde l'espoir, Dis que le jour viendra où je la retrouverai, moi aussi. Vas-y maintenant, mon cher ami, et bon voyage ".

 

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