STALAG IIB   HAMMERSTEIN,   CZARNE en POLOGNE

CAMP de PRISONNIERS de GUERRE 1939-1945 en POMERANIE

 

MEMOIRES DE L'ADJUDANT  BAERT

 

 

 

 

 

 

HAMMERSTEIN XX

 

En réalité il n'y a qu'un seul chef car les propriétaires des fermes sont exclus de la gestion.

A part les 22 Français et les 10 Belges de la ferme Finck, il y a encore 8 Polonais, ex-prisonniers de guerre, maintenant "Zivilarbeiter" contre leur gré. Avec les 10 Français de la ferme Kadow il y a donc 50 prisonniers à Zamborst. Les Allemands y sont moins nombreux, environ 20 hommes pour la plupart des inaptes au service militaire, à côté d'une vingtaine de jeunes filles dont l’âge se situe entre 14 et 25 ans. Le personnel féminin sera d'ailleurs doublé les après-midi car les femmes mariées doivent travailler la terre de la ferme 5 après-midi par semaine. Cette prescription concerne les familles qui habitent une maison appartenant à une des deux grandes fermes.

La surveillance de l'ensemble est, en premier lieu, du domaine du chef que les Français ont baptisé "Singe" depuis longtemps. Directement après lui vient " Herr Hofmeister ", le contremaître, que nous baptisons de suite " Manneken Pis " pour sa ressemblance extraordinaire avec le petit bonhomme de Bruxelles. Après lui vient le " Vorarbeiter ", le premier travailleur, qui remplace " Manneken Pis " en l'absence de ce dernier, et que nous appelons "Brutus" ce qui ne nécessite guère de plus amples explications.

Après ceux-là vient la masse des esclaves. Les charretiers sont des indigènes attachés à la ferme pour la vie entière. " Kitzer " est un des rares dont le comportement envers nous sera toujours correct. " Bout de chique ", Ulm pour l'état-civil, est un petit morpion qui hait les Belges à mort. Jusqu'au dernier jour il restera un de nos grands ennemis. Petznik porte la cicatrice d'une balle à travers la joue gauche, ce que lui a valu le nom de " Balafré ", iI se montre envers nous d'une indifférence totale ce qui mérite notre estime. Hafermann, comme tous les anciens de 14-18 est le prototype du Prussien en civil. Un ordre du Singe ou de Manneken Pis, si lourd ou difficile soit-il, sera exécuté immédiatement et sans la moindre objection. Doté d'un menton un peu spécial, nous l'avons baptisé " menton-sabot ".

En plus, il y a encore quelques jeunes allemands qui disparaîtront sans tarder, appelés sous les armes, quelques Polonais et Français, également mis à l'oeuvre comme charretiers. Trois tracteurs fonctionnent tous les jours et à certaines époques jour et nuit pour extraire le maximum de ces champs grands de 750 Ha. Ces engins sont conduits par 2 allemands et un Français. Les deux conducteurs allemands sont les deux plus grands coquins du patelin. Le premier, Ziech Fritz, est l'agent-Gestapo de Zamborst, haï mais surtout craint par les habitants. Son sobriquet " Bandit " n'est même pas suffisamment expressif pour un des plus détestables personnages que nous ayons jamais rencontré.

Le second, Steech Ferdinand, appelé " La Pipe", est un hypocrite de la pire espèce. Il joue mal son rôle car il n'aura de succès que pendant quelques semaines, le temps de découvrir son jeu. Il essaie d'entrer en conversation avec un prisonnier, et une fois arrivé il raconte une histoire sur le dos du " Singe " par laquelle il provoque évidemment le consentement du prisonnier. Il est alors normal que ce dernier y ajoute quelques unes de ses impressions à lui, bien entendu, peu favorables. A ce moment le crétin a obtenu son but, il fonce chez le " Singe " pour vite lui rapporter la considération du prisonnier envers sa personne. Le résultat se laisse facilement deviner. Aussi les indigènes évitent cet hypocrite autant que possible.

Parmi ceux qui travaillent habituellement sur les champs, il n’y en a pas un qui est normal. Le "Bossu", un innocent qui ne dispose pas de tous ses moyens. "Gordon", un cordonnier qui exerce son métier après les heures de travail pour la ferme, ainsi que les dimanches. Avant 1953 il était membre du parti communiste et encore maintenant il est considéré comme tel par les habitants du patelin parmi lesquels il ne compte pas d'amis. Plus tard il nous procurera, à plusieurs reprises, des renseignements de valeur.

" Grand-con ", 27 ans, un géant qui pèse plus de 90 Kg, sujet à des crises d'épilepsie qui parfois se suivent à intervalle de 10 minutes. Il ne sait ni lire ni écrire mais.... il est membre du " Partei ".

" Vieux Chicon " dépasse de loin les 60 ans ce qui ne l'empêche pas de dire journellement : " Si moi j'étais le maître je les tuerais tous ".

" Bégayeur " sera appelé sous les armes en 1942, à l'âge de 48 ans.

" Radio" est un fervent Hitlérien. Comme il est le seul des travailleurs qui possède un poste de radio, il s'empresse chaque matin de raconter à ses confrères ce qu'il a entendu dans les communiqués de la Wehrmacht.

La population féminine nous méprise certainement encore plus que l'élément masculin. Celles qui sont encore jeunes font partie du BDM (Bund Deutscher Mädel), où elles apprennent que nous sommes des "sous-développés" tandis que les Allemands sont des " über-menschen ". Parmi les plus âgées des femmes, plusieurs ont un fils tombé dans les combats en Pologne ou sur le front de lOuest ce qui est de nature à nourrir leur haine contre nous. Souvent, cette haine s'exprime sous forme d'une série d'injures à notre égard. Après une telle série de mots durs, malheureusement pour elle, sans aucun effet, la femme de Manneken Pis s'approche d'un de nous pour lui cracher dans la figure en criant " Voilà, pour les assassins de mon fils".

Après cet incident une plainte en règle est déposée par nous, qui ne doit pas être restée sans suite car pendant un bon laps de temps elle restera un peu plus à l’écart.

En janvier 1945 à l'approche des Armées Russes, cette même créature viendra demander pardon, à genoux devant nous, Et que dire de la jeunesse ? Leur plus grand plaisir est de taquiner les prisonniers, sachant qu'ils se trouvent provisoirement dans l'impossibilité de réagir efficacement ils se risquent même de nous jeter des pierres de temps en temps.

Le village de Zamborst est doté d'un Bourgmestre, un fonctionnaire n'ayant d'autres obligations que de représenter le parti Nazi car ici il n'y a, ni Maison Communale, ni registre de population ni autres Services communaux. Pour tout cela Zamborst dépend d'une autre commune, Pinow, située environ 8 Km plus au nord.

Il y a également un " Ortsbauernfüihrer ", chef des paysans, membre du " Partei " bien sûr, qui est le grand Manitou en matière travail, production et tout ce qui concerne la paysannerie,

Il fixe aux paysans le nombre d'heures de travail, ce qu'ils doivent semer ou planter, les livraisons à effectuer au profit de l’Etat, etc.

" Böttcher " est apparemment très estimé dans le patelin. Je dis apparemment car dès qu'il quitte sa ferme les paysans le guettent et se le communiquent. Il suffit qu'un jour le " Herr OrtsbauernfUhrer " doive s'absenter pour que des choses se passent dont Hitler lui-même ne soupçonne point la possibilité.

Un paysan-vaguemestre assure le service postal du village. Qu’il soit de ceux qui ne sont pas d1accord avec le régime Nazi sera prouvé par son arrestation au mois de juillet 1944. Il disparaît dans un des camps de concentration et Zamborst ne le verra plus jamais.

 

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