STALAG IIB   HAMMERSTEIN,   CZARNE en POLOGNE

CAMP de PRISONNIERS de GUERRE 1939-1945 en POMERANIE

 

MEMOIRES DE L'ADJUDANT  BAERT

 

 

 

 

 

 

HAMMERSTEIN VIII

 

Après la distribution des lettres, vient celle des petits cartons annonçant aux heureux destinataires l’arrivée d’un colis. Ils pourront se présenter le lendemain à la baraque de la Poste. Quelle joie immense mais quelle attente pénible jusqu’au lendemain !

Et voilà finalement, encore quelques minutes, qui, parfois s’éternisent des heures durant, et il nous sera donné de fumer une bonne cigarette. Toutes ces bonnes choses qui viennent de Belgique nous font revivre quelques instants de bonheur immense. On se sent riche, la gamelle et la besace sous le bras, quand on s’en va vers la poste.

Les prescriptions interdisent de nous remettre l’emballage du colis, il est donc absolument nécessaire d’emporter un récipient. Au début, la réception de notre bien se faisait sans grande difficulté. Un des prisonniers travaillant à la poste, ouvre notre paquet tandis qu’un censeur allemand sort les objets un par un, pour un contrôle plus ou moins rapide.

Quelques mois plus tard, cette façon d’opérer change totalement à notre détriment. Les Belges envoient des objets défendus aux prisonniers et un contrôle plus sévère est nécessaire… Version allemande. Dorénavant, on ouvre et on casse tout avant de nous le remettre. Des boîtes contenant de la confiture, du lait ou de la viande sont ouvertes et leur contenu est versé dans notre récipient, sur les cigarettes et le chocolat ou le savon déjà dans le fond de la gamelle. Ils s’amusent les « Chleux » en observant nos tentatives de séparer ces ingrédients. En toute hâte, nous regagnons la baraque en essayant de sauver autant que possible toutes ces bonnes choses qui nous ont été envoyées par les nôtres au prix de tant de peine.

Déjà depuis notre arrivée des haut-parleurs sont installés le long de l’année centrale du camp. À des heures régulières, « le Reichsender Berlin » émet un communiqué. Le succès minime de ces nouvelles auprès des prisonniers suscite la colère du « Sonderführer », grand chef politique du camp et notable du parti nazi. Il ordonne aux heures des communiqués, le rassemblement des Belges le long de la route afin de les obliger à écouter les communiqués. Peine perdue, car il est impossible de nous faire taire, et les paroles sortant des haut-parleurs se perdent dans un ronronnement de plus en plus fort de ces centaines de bouches fermées !

L’écume à la bouche et les yeux brillants de colère, il nous chasse dans nos baraques. Vraiment avec ses arriérés il n’y a rien à faire !

Les Allemands, à l’aide de quelques Français, ont créé le « Cercle Pétain ». Le succès se fait attendre. Nous apprenons même la création d’un groupement appelé «Nouvelle Europe».

La nouvelle de sa création fut la première et en même temps la dernière que nous apprîmes de cette «créature».

Pourtant ils font leur possible pour nous faire admettre que l’Allemagne est le seul pays à défendre la civilisation de nos contrées de l’Ouest !

On nous prétend que l’Angleterre ne cesse de raconter des nouvelles les plus mensongères et, ce qui est plus cruel, commence par essayer d’anéantir l’Europe entière en commençant par les femmes et les enfants. Quant à l’Amérique, et bien eux, ils ne bougeront pas, aussi longtemps qu’ils n’y voient pas d’intérêt car ce sont des égoïstes !

La France ! Ah ! Ah ! Elle deviendra un grand pays grâce au Führer et à l’appui de l’Allemagne.

Et voilà le genre de plat qui nous est servi quasi tous les jours, une fois sous forme d’extraits de journaux, une autre fois à l’aide d’affiches ou par n’importe quel moyen.

Après le contact entre les unités de la flotte française amarrées dans le port d’Oran, et la flotte anglaise, nous remarquons un beau matin, une grande affiche colorée contre le mur de la cuisine. Les motifs principaux étaient la mer, des bateaux coulants, des marins noyés et un titre en caractères d’au moins 1 dm : « Français, n’oubliez pas Oran ».

Elle était placée de façon dont il fallait la voir, frappante aux yeux et puis… À la cuisine où tout le monde devait passer. Sans commentaire chez les Belges et les Polonais, peu de commentaires chez les Français, sauf le lendemain quand nous vîmes le mot « Oran » remplacé par « Hammerstein » !... Hilarité et approbation sur toute la ligne chez les prisonniers. Colère, menaces et représailles par les Allemands.

Toute la colonie française passe à une demi ration pendant deux jours et l’affiche disparaît sans tambour ni trompette, une retraite… Stratégique !

Les Belges, moins souples, plus têtus et certainement moins diplomates que les Français, font souvent l’objet d’une propagande spéciale. Figurez-vous, arriérés comme ils sont, ces Belges, ils ne veulent pas comprendre qu’il faut collaborer c’est triste… !

La civilisation teutonne nous la connaissons, nous la goûtons, nous la sentons. Au fil du temps nous serons classés comme, « des bornés » et de « Mauvais Européens ». Comme certificat de bonne conduite, nous en sommes satisfaits.

Depuis un certain temps, à l’occasion des rassemblements, les Flamands sont séparés des wallons. Bientôt, la séparation est poussée à un tel point qu’ils nous font déménager. Ainsi il y a des baraques flamandes et des baraques wallonnes. Tout cela ne sert à rien car plus d’une fois un Flamand se présentera devant la commission de rapatriement pourvu des papiers d’identité d’un camarade Wallon.

Nous recevons des journaux belges, puisqu’ils sont distribués gratuitement ; il n’est pas difficile de deviner leur but et leur politique.

Vous décrire ici la réaction des prisonniers flamands à la lecture des phrases comme : « Le traitement humain de nos chers prisonniers » serait impossible. Ainsi, nous lisons, à notre grand étonnement, dans un numéro du 28 février 1941 : « Tous nos jeunes gens sont rentrés en bonne santé et il n’y a dorénavant plus de Flamands en captivité ! ».

S’il n’y avait plus de Flamands en captivité pour qui, vendus, envoyez-vous encore pendant des années votre « Volk en Staat » dans les Stalag ?

C’est tout à l’honneur de ces Flamands d’avoir résisté, peu après, aux tentations d’une libération moyennant la signature d’un papier qui aurait pu les classer comme traîtres.

Ces journaux imprimés sous l’œil bienveillant de l’occupant, constituent le poison qu’on essaye de nous injecter. Une dose encore plus forte nous est servie par la feuille « Trait d’Union » imprimée en Allemagne, en langue française, et rédigé par un clan de prisonniers français au service de l’ennemi, elle est distribuée dans tous les camps et Kommandos de l’Allemagne. On n’y découvre jamais une prise de position nette contre les alliés mais tout ce qu’on veut en pro allemand.

Abondamment garni de photos, ce service gratuit de consultation en matière juridique et autres «avantages» essaye d’attirer des lecteurs et des sympathisants. Il y a également une chronique belge.

Les manifestations sportives que nous essayons d’organiser avec les maigres moyens dont nous disposons, y trouvent leur place, malgré nous, car un photographe allemand vient prendre des photos sans que nous puissions nous opposer à ce travail commandé par les autorités du camp. En voilà du matériel de propagande pour prouver que nous sommes… Heureux !

Distractions et divertissements sont d’une première nécessité dans un camp de prisonniers. Rien ne pèse plus lourd que de ne rien faire. Penser est « se casser la tête » se termine toujours par un cafard monstre et un pénible découragement. La plus simple des distractions est encore la promenade…

 

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