STALAG IIB   HAMMERSTEIN,   CZARNE en POLOGNE

CAMP de PRISONNIERS de GUERRE 1939-1945 en POMERANIE

 

MEMOIRES DE L'ADJUDANT  BAERT

 

 

 

 

 

 

HAMMERSTEIN XIV

 

Un " Minuit Chrétien " comme il résonnait la nuit de Noël 1940 au camp d'Hammerstein, nous ne l'entendrons plus jamais.

Une masse de prisonniers se serre à l'intérieur de la baraque transformée en Chapelle, ils avancent jusqu'au pied de l'autel primitif. Dehors, une masse plus compacte encore se colle contre les parois de la baraque.

Un petit vent de l'Est, entraînant une neige fine, nous coupe la peau de la figure et les oreilles. Malgré cela nous restons immobiles, une heure entière, l'âme en émotion, rêvant et priant. Pas un seul de ces centaines de malheureux ne se rend compte qu'il est à Hammerstein, enfermé entre des murs de barbelés, pas un seul n'a faim, pas un seul n'a froid. Dans ces figures pâles brillent des yeux qui jouissent d'une vision ....

Là bas, en Belgique, en France, en Pologne, où les gens se dirigent vers l'Eglise, vers la messe de minuit.

Ces êtres chers vont prier pour nous, les absents. Tantôt, après la messe, et demain à la table de Noël une place restera inoccupée et les enfants demanderont une fois de plus : " Maman, quand reverrons-nous notre papa ? " Sans conviction elle répondra " Bientôt ".

L'Aumônier français qui célèbre la Messe essaie par quelques mots réconfortants de chasser le fantôme du cafard. Inutile, d'ailleurs impossible, ces minutes sont trop belles pour ne pas se laisser bercer sur les vagues des souvenirs si doux. Souvenir d'un passé heureux, des Fêtes de Noël de jadis.

Traînant nous retournons dans nos baraques où la réalité brutale s'impose à nouveau. Cette réalité qui, maintenant, pèse plus lourde que jamais.

" Les extrêmes se touchent " car Hitler et sa bande n'ont jamais été si profondément maudits qu'après ces heures de piété lors de cette nuit Sainte.

Plus que jamais la douleur morale nous fait grincer les dents le restant de cette nuit froide.

Demain, mercredi 1er Janvier 1941, jour de l'An et en même temps mon trentième anniversaire ! Une nouvelle Année qui nous donne un nouvel espoir car, plus mauvaise que celle qui vient de se terminer, serait inimaginable.

Il est 7 heures quand les premiers se lèvent. Nous entendons le vent siffler le long des parois de la baraque.

" Hallo, Jef, une bonne Année sais-tu "

" Merci et autant pour toi " - "Staf, Vitten, Pol, à tous une bonne et heureuse! "

Ce ne sera nom de...elle ne sera quand même pas plus mauvaise que celle qui vient de passer, non ".

Et ainsi se passent les premières heures de 1941, de baraque en baraque, chez les Français, les Polonais et les Belges.

Il arrive que notre ration de pain soit remplacée par un sachet de biscuits, ces petits carrés, durs comme des cailloux. Une ration comme on en distribue aux troupes lorsque le ravitaillement ordinaire fait défaut. La ration comprend de 35 à 40 de ces petites pierres. On a l’impression qu'elle est de loin inférieure aux deux ou trois tranches de pain des autres jours, quoique la valeur nutritive est sans doute supérieure à celle du pain du Stalag. A la distribution les biscuits sont trempés dans le thé ou le café. Quelques heures plus tard ils seront gonflés jusqu'au point d'atteindre trois fois leur volume ordinaire. Avec précaution nous les repêcherons pour les cuire légèrement sur un morceau de tôle. Et ainsi nous avons l'impression d'avoir une triple ration.

 

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